Histoire ou Légende du Chapeau de MISTRAL

I

Le noble et reconnaissable portrait de Frédéric Mistral reste étroitement lié à son chapeau. Rares sont les photographies ou cartes postales le représentant tête nue.

 

 

Même chez lui - c’était la coutume - le maître garde son élégant couvre-chef.

     

 

 

Il fut écrit que c’était le chapeau des paysans de Provence qui ont à se garer des rayons d’un soleil trop ardent. Mais en ce temps-là, qu’ils soient paysans, villageois, bourgeois, aristocrates, tous les hommes portaient chapeau, y compris les jeunes gens.

 

Mais le chapeau de Mistral est un peu particulier. D’où vient exactement son mythique couvre-chef ?

 

Vérité ou légende ? L’origine remonte aux environs de 1850, lorsque Frédéric fait ses études à Aix.

À cette époque et selon une coutume provençale ancienne, les jeunes gens s’intègrent dans quelque compagnie communautaire. Le chef d’une compagnie - dénommé Abbé ou Prince d’Amour ou encore Capitaine de la Jeunesse - a la charge d’organiser les jeux, les divertissements, mais il doit aussi s’occuper des devoirs pieux et charitables dus par la compagnie.

Ayant une personnalité déjà bien trempée, l’adolescent Mistral affirme son penchant politique : “Aux premières proclamations signées et illustrées du nom de Lamartine, mon lyrisme bondit en un chant incandescent que les petits journaux d’Arles et d’Avignon donnèrent” écrit-il en 1906 dans  son ouvrage autobiographique "Mes origines - Mémoires et Récits".

Il rallie les groupes républicains, scandalisant les royalistes de Maillane - et son père -, en portant la cravate et la ceinture rouge (verte pour les royalistes), chantant la Marseillaise, dansant la Carmagnole en poussant des : “Vive Marianne ! ”

Autre signe distinctif en dehors de la cravate et de la ceinture rouge : le chapeau, complément inévitable de la tenue.

Le chapeau républicain se distingue par ses larges ailes permettant à celui qui le porte d’afficher son appartenance au mouvement. Inutile de préciser que ces signes distinctifs suscitaient les rivalités. Parfois, lorsqu’en fin de soirée, des partisans de chaque mouvement se croisaient, un échange plutôt musclé se faisait...

 

C’est à un chapelier d’Aix que le fougueux étudiant Mistral doit ce chapeau.

Il se dit que l’enthousiasme du jeune homme plut tellement au commerçant, que celui-ci lui offrit le chapeau.

 

Si l’enthousiasme républicain quitta peu à peu le jeune homme, celui-ci continua de porter le chapeau au large bord, qu’il conserva jusqu'à ses derniers jours.

 

II

Le chapeau de Mistral eut sa journée.

Aujourd’hui, connue principalement pour ses poteries, la ville d'Anduze fut au XIXème siècle un centre de l’industrie chapelière de renommée internationale. Gloire définitivement éteinte au XXème siècle, comme bien d’autres manufactures, c'est un véritable patrimoine de savoir-faire local qui a disparu.

 

Il est difficile de savoir à quand remontent les premiers ateliers artisanaux de fabrication manuelle des chapeaux. On peut penser, au regard de la présence constatée d'un fileur de soie (un trahandier) à Anduze dès la fin du XIIIe siècle, que parallèlement le métier de chapelier ou sa dénomination correspondante était présent. Cette activité évolue ensuite au cours des siècles selon les modes, les matières utilisées et la technique.

 

Grâce au développement des filatures et à la mécanisation générale d'un outillage spécialisé, la production chapelière anduzienne s'intensifia à partir du milieu du XIXe siècle. Cela favorisa l'implantation d'usines, hélas au détriment des petits artisans existants depuis longtemps. Beaucoup d'entre eux finirent par gagner ces nouvelles entreprises, en apportant en même temps leur expérience professionnelle qui fit la réputation des manufactures.

 

La plus importante et célèbre d'entre elles fut la maison Galoffre, fondée en 1873. Son nom a traversé les années car lié étroitement à l’histoire sociale de l'époque, mais aussi à la vie politique d’Anduze avec un maire issu de cette famille : Eugène Galoffre maire d’Anduze de 1901 à 1911.

 

 

La notoriété de la chapellerie était si forte que lorsque l'affaire fut vendue en 1924, le nouveau propriétaire, A. Poupaud,  garda le nom de Galoffre dans l'intitulé de la nouvelle société. Mais ce gage de notoriété ne sera malheureusement pas suffisant pour lutter contre le déclin du port du chapeau… L’usine cessa ses activités en 1926.(1)

 

 

 

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À l’époque des troubadours (XIIIe siècle), Clara, épouse du seigneur d’Anduze, aurait laissé une très belle chanson d’amour, non pour son mari, Hugues de Mirbel, mais pour l’un de ces troubadours, qui était son amant, Uc de Sant-Circ (1213-1257), dont lui seul serait capable de comprendre le langage.(2)

 

Le 10 août de 1895, Anduze, inaugure un buste à Clara, salué par les poésies des félibres Paul Mariéton, Albert Arnavielle et bien d’autres... entourés d’une foule enthousiaste.

 

      

A Gauche : la statue de bronze inaugurée en 1895, descellée et fondue en 1942 sous l'occupation.

A Droite : la nouvelle statue de pierre, inaugurée en 1954.

 

Le soir, sous les frondaisons du parc des Cordeliers, après une Cour d’Amour, un immense banquet réunit les félibres. Au cours des brindes, le poète et journaliste Albert Arnavielle (1844-1927) se lève et propose aux représentants de la ville de voter un chapeau d’honneur pour Mistral. Sous les acclamations, l’idée fait l’unanimité et, sur le champ, il est décidé que le contremaître de la plus célèbre manufacture de chapeaux d’Anduze, (Maison Galoffre bien évidemment), ira à Maillane prendre le tour de tête du Maître ; ce qui fut fait.

 

Paraît-il qu’ensuite, une fois par an, Anduze offrait un nouveau chapeau au poète.

 

  

 

Autrefois, en Provence, quand quelqu’un avait fait acte d’héroïsme ou une belle action, ou accompli quelque chose de remarquable dans quelque domaine que ce soit, on disait de lui : "Il a gagné le chapeau."  Les Anduziens respectaient ainsi le dicton... et la tradition.

 

Admiratrice fidèle et dévouée, Jeanne de Flandreysy chanta ainsi le chapeau de Mistral :

Un jour, lorsque notre Temps sera devenu de l’Antiquité, les peuples diront : “Sur le front de Mistral, doux poète provençal, un grand oiseau noir, messager des Muses, vint se poser durant sa vie entière... Ainsi, au front du dieu Mercure battaient deux ailes d’or !”

 

 

Reste une interrogation : quel artisan chapelier ou, quelle manufacture fabriquait le chapeau de Mistral avant 1872 ???

 

(1) anduze-culture.blogspot.com par Phil Gaussent

(2) Née vers l’an 1200, elle serait la fille de Pierre Bermond VI de Sauve

(réf : http://www.lauceulibre.fr/clara_d_anduze_071.htm)

 

APPENDICE.

 

Suite à une courte information déposée par une aimable lectrice, voici aprés enquête, un début de réponse à notre interrogation.

 

Meyrueis, petite ville en Lozère, entre Millau et Florac, possédait au XIXè siècle dix-sept chapelleries, quatre filatures de laine et de bourrette de soie, plusieurs tanneries (quai du Pont-Vieux), des moulins ainsi qu'un commerce actif et une multitude de petits métiers.

 

La chapellerie de feutre dite Usine de Chapellerie Veyrier, fondée en 1802, profite de cet essor. Hippolyte Veyrier, réputé fabricant de chapeaux, construit en 1884 un logement patronal, qu’il agrandit en 1887. Puis, en 1904, il bâtit en face une nouvelle usine de chapellerie pour remplacer un ancien atelier situé dans le village. Les chapeliers, dont H. Veyrier, vendent leur production dans tout le Languedoc et en Provence.

 

Parmi la clientèle se trouvent les gardians de Camargue qui affectionnent ce type de chapeaux, ainsi que le poète provençal Frédéric Mistral.

 

Après 1880, l'isolement géographique aggravé par l'absence de voies de communications modernes (routes nationales ou chemin de fer) ainsi que le début de l'exode vers les grandes villes ont raison de ce dynamisme. Les chapeliers sont eux aussi vaincus par divers problèmes : raréfaction de la laine vers 1900 (les brebis laitières, en raison de l'essor de l'industrie du roquefort, supplantent les brebis lainières), concurrence de la casquette, absence de voies modernes...

 

La Chapellerie Veyrier à Meyrueis cesse en 1910 et se délocalise à Bruyères, dans les Vosges, dirigée par Henri Veyrier.

 

Avec Veyrier et Galoffre, nous connaissons maintenant deux chapeliers de renom coiffant l’illustre poète.

 

Etaient-ce les seuls ?

 

Aujourd’hui, à Meyrueis, le bâtiment d'atelier sert de gendarmerie et le logement patronal est une maison particulière. Ils se trouvent… rue Frédéric Mistral.

(Ref. : d'aprés culture.gouv.fr et wikipédia)

 

 

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Les réactions

Avatar elèno

Lors d'un voyage dans les gorges de La Jonte, notre guide nous à dit qu'à Meyrueis (Lozère), une manufacture à chapeaux, qui hélas n'existe plus, faisait les chapeaux de F Mistral. À vérifier.....

Le 27-05-2013 à 02:08:34

Avatar dany caussinus

je suis ravie de tout ce texte que je viens de lire,étant anduzienne je suis trés interressé de l'histoire des chapeliers et modistes qui se trouver a anduze depuis les premiers chapeaux,pour ma part je protége un patrimoine ( des chapeaux)mon histoire n'est pas banale mais trop longue a raconter et je fait des recherches car je sais qu'il y avait pas mal de chapeliers avant galoffre des hauts de forme en soie se faisait aussi a anduze (c'était les huit reflets),mon blog: lachapeautheque.blogspot.com et nous sommes aussi sur facebook,amicalement,dany caussinus.

Le 27-01-2014 à 21:34:05

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