Gustave VASSEL : Lou Jouglar

L’un des principaux photographes d’Avignon, Florent Miesienski (1857-1915), artiste peintre et photographe du Félibrige, dont l’atelier s’ouvrait 4 rue de la République, a immortalisé de nombreuses personnalités dont, bien évidemment notre grand Mistral.

 

Cependant, ce n’est pas sur le père de Mirèio que s’appuient ces lignes mais sur l’un de ses fidèles, modèle naturel pour F. Miesienski.

 

Voici : Gustave Vassel dit Lou Jouglar.

 

D'AIX EN PROVENCE A AVIGNON.

 

Gustave VASSEL est le troisième enfant né de l’union, à Gardanne, le 25 novembre 1832 de, Hyppolite VASSEL (né à Breteuil, Oise, le 9 pluviôse an 12 soit, 30 janvier 1804), charpentier puis cantonnier et d’Anne Rose REY, lingère (née à Aix en Provence le 17 nivôse an VII soit, 6 janvier 1799).

 

Jean Gustave VASSEL voit le jour à Aix en Provence, 18 boulevard St. Jean, le 17 décembre 1842, après André Hyppolite (18 juin 1833-1881) et Gabrielle Philomène Angèle (2 août 1835), tous deux nés à Gardanne (Bouches du Rh.). Ainsi, pendant trois ans, la petite maisonnée s’épanouit d’abord à Gardanne puis, à Aix. Ce changement de domicile s’apparente probablement à la quête d’amélioration des conditions de vie.

 

Mais, le 1er novembre 1847, un drame frappe le foyer du boulevard Saint-Jean. Le ciel rappelle à lui Rose VASSEL-REY, 48 ans, laissant orphelin de mère trois petits : André 9 ans, Gabrielle 8ans et Gustave 5ans.

 

Leur père se remarie (Où ? quand ?) avec Marie Désirée BOURRELLY, née à Meyreuil le 28 janvier 1809, qui lui donne deux autres enfants : Gabrielle Pascale Louise, née le 31 mars 1850 et Pierre Marius, né le 28 janvier 1851. Ce dernier épousera le 10 août 1918 Félicité Léontine Barème, une aixoise.

 

Jusqu’aux années 1870-75, les Vassel grandissent, étudient, se marient à Aix en Provence.

 

C’est aussi dans la cité du Roi René qu’arrivent des jours sombres. Le père Hyppolite Vassel y décède le 3 septembre 1876, à 72 ans et sa seconde épouse, Marie Bourrelly, le 4 avril 1890, à 81 ans.

 

Mais ce 27 septembre 1865, la famille entoure Gustave VASSEL, 23 ans, pour son mariage avec Marie Alexandrine MOUTTET, 21 ans, tailleuse, née le 19 février 1844. La demoiselle, elle aussi, a perdu sa maman alors qu’elle n’avait que 6 ans. Comme le père de son calignaire, son père, Louis Valentin Mouttet est cantonnier. En plus de l’amour partagé, ces similitudes aident à la bonne union des familles.

 

De leur amour naissent, 12 rue petite St. Esprit, deux garçons : Antoine Marius, né le 10 janvier 1866 et, deux ans plus tard, Marius Antoine Timothée, né le 25 janvier1868.

 

Il reste bien des inconnues dans la vie de G. VASSEL. L’acte de son mariage précise qu’il est doreur sur bois ; peut-être par influence paternelle et par celle de son frère aîné, Hyppolite André, devenu menuisier. Il est difficile de dater son départ d’Aix en Provence pour Avignon avec sa petite famille (vers 1875-80 ?). Il s'installe 44 rue de la Balance et continue son métier de doreur sur bois. Hélas, le 6 janvier 1890, Marie Alexandrine MOUTTET-VASSEL ferme les yeux pour l'éternité. Est-ce à la suite du décés de son épouse que G. VASSEL déménage pour s'installer 3 rue Crillon ?

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Gustave VASSEL a une grande admiration et une sincère affection pour le Maître de Maillane. En marque de sa reconnaissance il se fait le sosie de Frédéric Mistral. Il porte moustache et barbichette et se coiffe d’un chapeau à large bord. Mais plus que sosie, VASSEL tient à suivre la doctrine du Maître. Il devient membre du Flourège, école félibréenne fondée en 1854 à Chateauneuf de Gadagne, transférée à Avignon en 1877.

 

On retrouve G. VASSEL à la Santo Estello (Congrès annuel du Félibrige) de 1903, à Avignon, où il ne manque pas d’apporter sa guitare et accompagne la chanteuse Mlle Marguerite Darcey.

Avignon - Santo Estello 1903

Marguerite Darcey, Lou Jouglar et Frédéric Mistral,

d'après l'ouvrage "Mistral par l'Image"

par Mireille Bosqui -

Les amis du  Palais du Roure - 1980

 

 

 

 

 

Le 4 avril 1904, en tête du groupe entrant dans l’enceinte du théâtre antique d’Arles, il conduit les demoiselles de Maillane venues participer aux Festo Vierginenco. Lors de la même manifestation, fier et souriant, il accueille Frédéric Mistral. Des clichés mis en cartes postales ravivent ces instants.(ci-dessous)

 

 

 

 

 

 

 

Avignon - Santo Estello 1903

Marguerite Darcey et Lou Jouglar Gustave Vassel

 

 

         

 

Ce personnage loquace et un peu ridicule ne perdait jamais une occasion de prendre sa guitare et de chanter, d’où le surnom de Jouglar. (Jongleur, mime, bouffon, baladin, rapsode qui chantait ou récitait les vers des Troubadours et qui faisait aussi des tours de passe-passe, explique F. Mistral dans son exceptionnel dictionnaire provençal-français, Lou Tresor dóu Felibrige). Pour l’anecdote, Jouglar fut aussi le nom que F. Mistral donna à l’un de ses chiens un peu trop turbulent.

 

Au regard d’un de ses portraits réalisés par Florent Miesienski et transposé en carte postale, on remarque les décorations sur la poitrine de G. VASSEL dont, la médaille des Palmes académiques et la Cigalo de Mestro d’Obro. (Cigale de Maitre d'œuvre).

 

Mistral lui dédia un quatrain retranscrit sur certaines cartes postales illustrées du portrait de Lou Jouglar :

Vaqui Vassèu, lou Jouglar dóu Flourége,

Vous fisès pas de soun èr rége ;

Es lou méiour di garçoun,

Quand accoumpagnado o canto uno cansoun

 

Retraité, il jouait le gardien in partibus du Palais des Papes, alors que le gardien officiel était son fils aîné, Marius. Il se tenait très digne à l’entrée du Palais avec un air papal. Suivant les visiteurs, alors que tout le monde se trouvait dans la grande salle d’audience, il allait au beau milieu de la foule et, pour faire entendre l’écho sonore de la vaste pièce, il se mettait à chanter. Ayant alors capté l’auditoire, il parlait ensuite de Frédéric Mistral ou d’Alphonse Daudet en langue provençale. Enfin, lorsque les visiteurs attentifs partaient, il leur offrait une carte postale illustrée de son portrait accompagné de deux quatrains, celui de Mistral porté ci-dessus, l’autre de lui-même :

Dins nòsti bèu campas de la Cièuta Papalo

Lis espigau daura flocon de fres bouquet.

I nobli visitour lis ardènti cigalo,

Pèr mièus li festeja, canton si gai couplet.

 

Cette autre carte intitulée La Respelido (le réveil, le retour à la vie), enrichie d’une signature autographe de G. Vassel, porte deux quatrains, celui de Mistral et un de Pierre Dévoluy (Paul Gros Long dit,), Capoulié du Félibrige de 1901 à 1909 :

En cantant, la Respelido

Bon Vasseu rèi di jouglar

D’estrambord fier aut e larg.

Lengo mai fagues enlido

 

D’autres cartes postales, illustrées d’un portrait d’arlésienne ou de celui d’une « Mireille » se font messagères de petits poèmes de Vassel.

 

Les cartophiles marseillais ont, à n’en pas douter, quelques cartes à l’image de la chanteuse populaire Jeanne Conty, l’égérie du Casino de la Plage et des cafés concerts. Ces cartes postales, avec en titre : La Cansoun Prouvençalo, gardent le seul souvenir de la chanteuse, principale interprète des vers de G. Vassel. Ces bristols, au dos non séparé pour les tirages originaux d’avant 1903, portent des vers en provençal, pamphlétaires, satiriques ou coquins. Ils ont pour titres : La Politico deis Flous, La cantarelle, Lei Jornau de Franço, Pouédi pas venqeissa, La Manaienco, La Marmoto, …

 

D’abord qualifié de «Ridicule et cabotin», il finit par être reconnu comme lou brave Jouglar Vassel. Mais à cause de ses facéties exagérées et de ses complicités avec la fantaisiste Jeanne Conty, le Félibrige l’a quelque peu éloigné de son sein. C’est peut-être cette mise à l’écart qui lui fit écrire ces vers, en provençal, rapportés sur des cartes postales qu’il distribuait aux visiteurs qu’il venait de guider dans les salles du Palais des Papes :

Li félibres Arlaten dins un jour del coulèro

Les félibres arlésiens, en un jour de colère,

Per se trufa de ièu man mes au cadarau ;

Pour se moquer de moi me mirent à l’écart,

Bon Diéu de qu’aviéu fa ?  Lausenjave sa terro

Bon Dieu qu’avais-je fait ? Je célébrais leur terre

Si chato, soun gèu blu e, Frederi Mistrau

Leurs filles, leur ciel bleu et Frédéric Mistral.

 

Ceci peut expliquer pourquoi, à son décès mi-février 1918, (il fut inhumé le vendredi 15 février 1918), son nom ne figure pas en page mortuorum du Cartabèu de Santo Estello n° 12 de 1914-1922. La Semaine Mondaine d’Avignon lui accorda un article nécrologique, repris par Le Mémorial d’Aix dans son édition du dimanche 17 février 1918.

 

 

A n'en pas douter, la carte postale, média de choix au début du XXè siècle, fut une importante messagère pour Lou Jouglar. Cependant, en souvenir, G. VASSEL aurait laissé à la bibliothèque Méjanes, à Aix en Provence, un recueil manuscrit, richement relié, de ses chansons et de ses vers.

 

Au comble de sa gloire, Le Jouglar inspira un artiste sculpteur, comme le prouve la carte postale ci-contre.

Répondant fort aimablement à notre interrogation, Monsieur Franck Guillaume, responsable du Service Documentation du musée Calvet nous apporte toutes les informations souhaitées.

La statuette en plâtre représente Gustave Vassel en pied, appuyé sur une guitare. L’œuvre mesure :  36 cm de  hauteur ; 17 cm de largeur et 2 cm de profondeur. Sur le socle, cette inscription :

A l'ami Vasseu jouglar dóu Flourège. L'estatuaire Fulconis.
Il s’agit de Louis Pierre Victor Fulconis (Alger 1851-Oran 1913), dont cette année 2013 marque le centenaire de sa mort. Victor Fulconis, sculpteur de renom (voir les tympans de l’église St. Martin à Amiens, entre autres), est le fils de Louis Guillaume Fulconis (Avignon 1818-Paris 1873), le créateur, en 1866, de la célèbre Coupo Santo. Cette merveilleuse pièce d’orfèvrerie en argent massif, coulée à Paris par l’argentier Jarry, fut offerte en 1867 par les félibres catalans aux félibres provençaux, en remerciement de l’accueil réservé au poète catalan Victor Balaguer, exilé politique en Provence. La précieuse Coupo est sous la protection du Capoulié du Félibrige.


En 1904, le bon Gustave Vassel a fait don de sa statuette au musée Calvet ; inventaire T 517.

 

La statuette, qui fut accidentée (manquent la tête et l'avant-bras droit), a fait l'objet, en 2010 et 2012, d'un récolement (opération de contrôle) par le service de la régie des œuvres dans le cadre du déménagement des collections vers ses nouvelles réserves ainsi qu'un dépoussiérage par un restaurateur.


Cette modeste carte conserve un précieux souvenir de la petite œuvre d’art, protégée dans les réserves des prestigieuses collections Beaux-Arts (peintures, sculptures, dessins) du musée Calvet.

 

Pour finir avec le sourire, voici la traduction de : La Marmoto, texte bien évidemment de Gustave Vassel, chanté par Jeanne Conty, dite la cigale populaire :

« La Marmotte,

Je suis  partie de chez moi – Pour courir petites et grande villes, - C’était au temps où venait le froid, - Mais je le crains quand je suis seule. – Quand je suis partie en tremblant, - Ma  vieille mère qui n’est pas sotte, - M’a dit doucement à l’oreille : - Prends bien soin de ta marmotte. »

 

 

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Sur la descendance directe de Gustave VASSEL, nous apprenons par l’acte de naissance de son premier fils, qu'Antoine Marius, gardien officiel du Palais des Papes, épouse à 54 ans, le 6 octobre 1920, Marguerite Anne Grangier. Y a-t-il eu une descendance ?

 

En consultant minutieusement les archives municipales d'Avignon, le fils cadet, Marius Antoine Timothée, peintre en bâtiment, habitant alors avec son père, 3 Pl. Crillon à Avignon, épouse le 4 avril 1891, Elisabeth Madeleine MARIN, née le 1er novembre 1870.

 

De cette union naissent Jeanne Augusta VASSEL, le 28 décembre 1891 ; Henri François VASSEL, le 1er juin 1896 et Yvonne Augusta VASSEL, 4 mars 1902.

 

Mais les drames s'enchaînent. Jeanne Augusta décède le 6 avril 1908, elle n'a pas 3 ans ; le 7 septembre 1910, Henri François, 4 ans rejoint sa sœur au tombeau.

 

Le bonheur revient avec Yvonne Augusta qui le 11 novembre 1930 épouse Antoine Dominique ALECH. S'il y a une descendance sous le patronyme VASSEL, ce n'est plus par cette branche. Yvonne Augusta décédait à Avignon le 16 mars 1983...

G.B.

 

Sources :

Archives départementales des B. du Rhône : état civil.

Archives municipales Avignon : état civil.

Mémorial d'Aix, 17 février 1918.

"Mistral par l'Image" par Mireille Bosqui - Les amis du  Palais du Roure - Avignon 1980).

Service Documentation du musée Calvet.

 

Illustrations : (Sauf indication particulière)

Cartes postales anciennes, collection de l'auteur.

 

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Les réactions

Avatar André Pierre Fulconis

Je suis heureux de voir, dans cet article de grande qualité, la reproduction de la statuette de Vassel, dont je ne connaissais que l'existence, oeuvre de mon grand père Victor Fulconis, Pour plus de détails sur Victor et son père, créateur de la coupe que Mistral baptisa sainte, on peut se reporter à mon avant dernier livre, où figurent père et fils imbriqués toute leurs vies: "Louis Guillaume Fulconis, statuaire, une vie d'amitié (Provence, Algérie, Normandie, Paris)." (voir le site www.fulconis.com)
Cordialement à tous et particulièrement à l'auteur de cet article bienvenu.

Le 20-09-2013 à 19:53:16

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