POUR MEMOIRE...

2014 a marqué le centenaire du décès de Frédéric Mistral et cet anniversaire s’est inscrit dans les commémorations nationales 2014 retenues par le Ministère de la Culture et de la Communication.


Or, déjà en 2013, on a pu constater que les médias nationaux et régionnaux, ont évoqué largement certaines commémorations à venir : le centenaire de la déclaration de l’ignoble conflit de 1914-1918, la  Bataille de la Marne, l’assassinat de Jean Jaurès, la mort de Charles Péguy...


Mais, chez les mêmes médias, nous n'avons que trop peu entendu un mot sur notre poète de Provence. A croire que seuls, les mainteneurs de la tradition du pays d’Oc, sont concernés et intéressés par cette juste commémoration.

 

Amis mainteneurs, vous n’avez pas besoin d’une “piqûre de rappel”. Aussi, ce qui suit s’adresse plutôt aux jeunes générations et aux nouveaux installés sur notre belle terre d’Oc, que les trépidations de la vie ont détourné du vrai et que l'information n'a pas touché.

 

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas eu de renaissance de la langue du pays d'Oc.

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas eu le chef-d'œuvre de la poésie d'Oc : Mirèio.

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas eu le seul prix Nobel de littérature pour une œuvre en langue régionale.

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas le fabuleux dictionnaire provençal-français Lou Tresor dóu Felibrige.

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas le Muséon arlaten, l'un des tous premiers musées d'ethnographie régionale, pour lequel on venait de l'Europe entière afin d'en prendre modèle, notamment des dioramas.

Sans Frédéric Mistral, il n'y aurait pas eu le FELIBRIGE, premier garant de la protection de la langue, des us et coutumes du pays d'Oc, depuis 1854.

 

Sans Frédéric Mistral, que serait devenue notre culture du Midi ?

 

Pour palier au lourd silence médiatique, voici en rappel un vibrant discours du visionnaire Frédéric Mistral, qui, 127 ans après avoir été prononcé, ne manque pas de réalisme...


Discours de Sant-Roumié i felibre catalan (9 de setèmbre 1868)

Discours de Saint-Rémy aux poètes catalans (9 septembre 1868)

D'après LE MONDE ILLUSTRE - N°598 du 26 Septembre 1868.


(...)
Mai, n'i'a que van nous dire : Cigalo de la terro, aucèu campèstre, que nous voulès, vejan, emé vòsti cansoun, au mitan d'aquesto epoco atravalido e maucourado e maugraciouso ?

 

(...)
Mais, certains sûrement vont nous dire : Cigales de la terre, oiseaux des vastes champs, que nous voulez-vous, dites, avec vos chansons, au milieu de notre époque enchaînée au travail, désenchantée et maussade ?

      
Ço que voulèn ? escoutas-me :
Ce que nous voulons ? Écoutez-moi :
      
Voulèn que nòsti drole, au-liò d'èstre eleva dins lou mesprés de nosto lengo (ço que fai que, plus tard, mespresaran la terro, la vièio terro maire ounte Diéu lis a fa naisse), voulèn que nòsti drole countùnion de parla la lengo de la terro, la lengo ounte soun mèstre, la lengo ounte soun fièr, ounte soun fort, ounte soun libre.
    
Nous voulons que nos fils, au lieu d'être élevés dans le mépris de notre langue, (ce qui fait que, plus tard, ils mépriseront la terre, la vieille terre maternelle sur laquelle Dieu les a fait naître), nous voulons que nos fils continuent à parler la langue de la terre, la langue dans laquelle ils sont fiers, par laquelle ils sont forts, par laquelle ils sont libres.
      
Voulèn que nòsti chato, au-liò d'èstre elevado dins lou desden de nòsti causo de Prouvènço, au-liò d'ambiciouna li fanfarlucho de Paris o de Madrid, countùnion de parla la lengo de soun brès, la douço lengo de si maire, e que demoron, simplo, dins lou mas ounte nasquèron, e que porton longo-mai lou riban arlaten coume un diadèmo de rèino.
    
Nous voulons que nos filles, au lieu d'être élevées dans le dédain de nos coutumes de Provence, au lieu d'envier les fanfreluches de Paris ou de Madrid, continuent à parler la langue de leur berceau, la douce langue de leurs mères, et qu'elles demeurent, simples, dans les fermes où elles naquirent, et qu'elles portent à jamais le ruban d'Arles comme un diadème de reine.
      
Voulèn que noste pople, en-liogo de groupi dins l'ignourènço de sa propro istòri, de sa grandour passado, de sa persounalita, aprengue enfin si titre de noublesso, aprengue que si paire se soun counsidera toujour coume uno raço, aprengue qu'an sachu, nòsti vièi prouvençau, viéure sèmpre en ome libre, e toustèms se defèndre coume tau : à Marsiho, autre-tèms, contro la Roumo de Cesar : dins lis Aliscamp d'Arle, à la Gardo-Freinet, contro li Sarrasin  ; à Toulouso, à Beziés, à Bèu-Caire, en Avignoun, contro li faus crousa de Simoun de Mount-fort  ; à Marsiho, à Frejus, à Touloun, e pertout, contro li lansquenet de l'emperaire Carle-Quint.
    
Nous voulons que notre peuple, au lieu de croupir dans l'ignorance de sa propre histoire, de sa grandeur passée, de sa personnalité, apprenne que ses pères se sont toujours considérés comme une race, apprenne qu'ils ont su, nos vieux Provençaux, vivre toujours en hommes libres et toujours su se défendre comme tels : à Marseille, autrefois, contre la Rome de César ; dans les Alyscamps d'Arles, à la Garde-Freinet, contre les Sarrasins ; à Toulouse, à Béziers, à Beaucaire, en Avignon, contre les faux croisés de Simon de Montfort ; à Marseille, à Fréjus, à Toulon, et partout, contre les lansquenets de l'empereur Charles-Quint.
      
Fau que sache, nosto pople, que se soun, nòsti rèire, apoundu libramen, mai dignamen, à la generouso Franço: dignamen, valènt-à -dire en reservant sa lengo, si coustumo, sis us e soun noum naciounau. Fau que sache, noste pople, que la lengo que parlo es estado, quand a vougu, la lengo pouëtico e literà ri de l'Europo, la lengo de l'amour, dóu Gai-Sabé, di liberta municipalo, de la civilisacioun…
    
Il faut qu'il sache, notre peuple, que nos ancêtres se sont annexés librement mais dignement à la généreuse France : dignement, c'est à dire en réservant tous les droits de leur langue, de leurs coutumes, de leurs usages et de leur nom national. Il faut qu'il sache, notre peuple, que la langue qu'il parle, a été, lorsqu'il l'a voulu, la langue poétique et littéraire de l'Europe, la langue de l'amour, du Gai-Savoir, des libertés municipales, de la civilisation...
      
Pople valènt, vaqui ço que voulèn t'aprene : à pas rougi, davans degun, coume un vincu, à pas rougi de toun istòri, à pas rougi de ta patrìo, à pas rougi de ta naturo, à reprene toun rèng, toun premié rèng entre li pople dóu Miejour… E quand chasco Prouvènço, e chasco Catalougno, aura d'aquelo sorto recounquist soun ounour, veirés que nòsti vilo redevendran ciéuta ; e mounte noun i'a plus qu'uno póusso prouvincialo, veirés naisse lis art, veirés crèisse li letro, veirés grandi lis ome, veirés flouri uno nacioun.
    
Peuple vaillant, voici ce que nous voulons t'apprendre : C'est à ne rougir devant personne, comme un vaincu, à ne pas rougir de ton histoire, à ne pas rougir de ta patrie, à ne pas rougir de ta nature, à reprendre ton rang, ton premier rang entre les peuples du Midi... Et quand chaque Provence, et chaque Catalogne auront de cette façon reconquis leur honneur, vous verrez que nos villes redeviendront des cités : et là où il n'y a plus qu'une poussière provinciale, vous verrez naître les arts, vous verrez croître les lettres, vous verrez grandir les hommes, vous verrez fleurir une Nation !

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