SEPT. 1868 - SEPT. 2018. ÇO QUE VOULÈN

Au provençal de naissance ou de coeur.

Il y a 150 ans mois pour mois - le 9 septembre 1868 - Frédéric Mistral prononçait à Saint-Rémy de Provence le discours ci-dessous.

Si les ans ont passé, ses paroles restent étonnamment d'actualité.

 

Ço que voulèn     
      
Discours de Sant-Roumié i felibre catalan
(9 de setèmbre 1868)

Suivi de la traduction en Français.

...

Mai, n'i'a que van nous dire : Cigalo de la terro, aucèu campèstre, que nous voulès, vejan, emé vòsti cansoun, au mitan d'aquesto epoco atravalido e maucourado e maugraciouso ?

- Ço que voulèn ? escoutas-me.

Voulèn que nòsti drole, au-liò d'èstre eleva dins lou mesprés de nosto lengo (ço que fai que, plus tard, mespresaran la terro, la vièio terro maire ounte Diéu lis a fa naisse), voulèn que nòsti drole countùnion de parla la lengo de la terro, la lengo ounte soun mèstre, la lengo ounte soun fièr, ounte soun fort, ounte soun libre.

Voulèn que nòsti chato, au-liò d'èstre elevado dins lou desden de nòsti causo de Prouvènço, au-liò d'ambiciouna li fanfarlucho de Paris o de Madrid, countùnion de parla la lengo de soun brès, la douço lengo de si maire, e que demoron, simplo, dins lou mas ounte nasquèron, e que porton longo-mai lou riban arlaten coume un diadèmo de rèino.

Voulèn que noste pople, en-liogo de groupi dins l'ignourènço de sa propro istòri, de sa grandour passado, de sa persounalita, aprengue enfin si titre de noublesso, aprengue que si paire se soun counsidera toujour coume uno raço, aprengue qu'an sachu, nòsti vièi prouvençau, viéure sèmpre en ome libre, e toustèms se defèndre coume tau : à Marsiho, autre-tèms, contro la Roumo de Cesar : dins lis Aliscamp d'Arle, à la Gardo-Freinet, contro li Sarrasin ; à Toulouso, à Beziés, à Bèu-Caire, en Avignoun, contro li faus crousa de Simoun de Mount-fort ; à Marsiho, à Frejus, à Touloun, e pertout, contro li lansquenet de l'emperaire Carle-Quint.

Fau que sache, nosto pople, que se soun, nòsti rèire, apoundu libramen, mai dignamen, à la generouso Franço : dignamen, valènt-à -dire en reservant sa lengo, si coustumo, sis us e soun noum naciounau. Fau que sache, noste pople, que la lengo que parlo es estado, quand a vougu, la lengo pouëtico e literà ri de l'Europo, la lengo de l'amour, dóu Gai-Sabé, di liberta municipalo, de la civilisacioun…

Pople valènt, vaqui ço que voulèn t'aprene : à pas rougi, davans degun, coume un vincu, à pas rougi de toun istòri, à pas rougi de ta patrìo, à pas rougi de ta naturo, à reprene toun rèng, toun premié rèng entre li pople dóu Miejour… E quand chasco Prouvènço, e chasco Catalougno, aura d'aquelo sorto recounquist soun ounour, veirés que nòsti vilo redevendran ciéuta ; e mounte noun i'a plus qu'uno póusso prouvincialo, veirés naisse lis art, veirés crèisse li letro, veirés grandi lis ome, veirés flouri uno nacioun.

Brinde : à la Catalougno, nosto sorre ! à l'Espagno, nosto amigo ! à la Franço, nosto maire !

 

LE MONDE ILLUSTRÉ

Illustration extraite du n°598 du 26 septembre 1868.

 

TRADUCTION EN FRANÇAIS

 

Ce que nous voulons

Discours de Saint-Rémy aux poètes catalans
(9 septembre 1868)

...

Mais, certains sûrement vont nous dire : Cigales de la terre, oiseaux des vastes champs, que nous voulez-vous, dites, avec vos chansons, au milieu de notre époque enchaînée au travail, désenchantée et maussade ?

Ce que nous voulons ? Écoutez :

Nous voulons que nos fils, au lieu d'être élevés dans le mépris de notre langue, (ce qui fait que, plus tard, ils mépriseront la terre, la vieille terre maternelle que laquelle Dieu les a fait naître), nous voulons que nos fils continuent à parler la langue de la terre la lanque dans laquelle ils sont fiers, par laquelle ils sont forts, par laquelle ils sont libres.

Nous voulons que nos filles, au lieu d'être élevées dans le dédain de nos coutumes de Provence au lieu d'envier les fanfreluches de Paris ou de Madrid, continuent à parler la langue de leur berceau, la douce langue de leurs mères, et qu'elles demeurent, simples, dans les fermes où elles naquirent, et qu'elles portent à jamais le ruban d'Arles comme un diadème de reine.

Nous voulons que notre peuple, au lieu de croupir dans l'ignorance de sa propre histoire, de sa grandeur passée, de sa personnalité apprenne que ses pères se sont toujours considérés comme une race, apprenne qu'ils ont su, nos vieux Provençaux, vivre toujours en hommes libres et toujours su se défendre comme tels : à Marseille, autrefois, contre la Rome de César : dans les Alyscamps d'Arles, à la Garde-Freinet, contre les Sarrasins : à Toulouse, à Béziers, à Beaucaire, en Avignon, contre les faux croisés de Simon de Montfort : à Marseille, à Fréjus, à Toulon, et partout, contre les lansquenets de l'empereur Charles-Quint.

Il faut qu'il sache, notre peuple, que nos ancêtres se sont annexés librement mais dignement à la généreuse France : dignement, c'est à dire en réservant tous les droits de leur langue, de leurs coutumes, de leurs usages et de leur nom national. Il faut qu'il sache, notre peuple, que la langue qu'il parle, a été, lorsqu'il l'a voulu, la langue poétique et littéraire de l'Europe, la langue de l'amour, du Gai-Savoir, des libertés municipales, de la civilisation…

Peuple vaillant, voici ce que nous voulons t'apprendre : C'est à ne rougir devant personne, comme un vaincu, à ne pas rougir de ton histoire, à ne pas rougir de ta patrie, à ne pas rougir de ta nature, à reprendre ton rang, ton premier rang entre les peuples du Midi… Et quand chaque Provence, et chaque Catalogne auront de cette façon reconquis leur honneur, vous verrez que nos villes redeviendront des cités : et là où il n'y a plus qu'une poussière provinciale, vous verrez naître les arts, vous verrez croître les lettres, vous verrez grandir les hommes, vous verrez fleurir une Nation !

Je bois : à la Catalogne notre sœur ! à l'Espagne notre amie ! à la France notre mère !

 

FRÉDÉRIC MISTRAL 1868

O O O

EN CELEBRATION DU 150ÈME ANNIVERSAIRE DE CE DISCOURS,

UNE SCÉANCE LARGEMENT OUVERTE AU PUBLIQUE SE TIENDRA

A SAINT-RÉMY DE PROVENCE

SAMEMI 20 OCTOBRE À 15H

SALLE Henti ROLLAND

rue Roger Salengro.

 

Interventions de Jacques MOUTTET, Capoulié du Félibrige,

André GABRIEL, Baile du Félibrige,

Paul REYNARD, Responsable de l'assemblée des jeunes du Félibrige

et de jeunes félibres.

Organisée avec le concours de la ville de Saint-Rémy-de-Provence

- ENTRÉE LIBRE -

CONTACT : 04 42 27 16 48

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