En attendant des jours meilleurs
EN ATTENDANT DES JOURS MEILLEURS
Dans une période de paresse forcée, l‘idée nous était venue de réveiller notre mémoire par de courts articles, illustrés par une ou des cartes postales ou photos anciennes, base iconographique de notre passion.
Il est parfois étonnant de trouver tout ce que cache une simple carte postale ou une photo. Bien évidemment, le fil d'Ariane nous reliant à Frédéric Mistral ne sera pas rompu...
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ARTICLE 1
Histoire(s) autour d’un portrait.

Rare portrait de Paul Mariéton, à 24 ans.
(Coll. G.B ©)
LE SUJET : Paul MARIÉTON
Né à Lyon le 5 octobre 1862, il fit d’abord partie de la Pléiade lyonnaise dont Joséphin Soulary (1815-1891) était le chef écouté. Il connut en 1880 Frédéric Mistral et le suivit. Sa tenue mondaine et son lyrisme secret l’avait qualifié, par une de ses connaissances, d’un mélange de Prince de Galles et de gavroche. Chacun reconnaissait en lui un bon poète.
La vie de Paul Mariéton est intimement liée aux fastes du Félibrige. Membre de la Société des Félibres de Paris, société fondée en 1879 par Maurice Faure, Baptiste Bonnet, le Baron de Tourtoulon et le marquis de Villeneuve-Esclapon, il en deviendra le Président. Chancelier du Félibrige dès 1888, il sera nommé Majoral en 1891, cigalo di Jardin, succédant à Joseph Roumanille.
Mariéton écrivit de nombreuses études critiques et artistiques sur les auteurs provençaux. Le 15 janvier 1885, il publie son premier numéro de la Revue Félibréenne, revue qu'il dirigera jusqu'en 1909.
En 1888 Mariéton est “chorège” du théâtre romain d’Orange, apportant un souffle nouveau à ce lieu antique.
Il décède à Nice à la Noël de 1911.
Le 4 août 1912, un buste de Paul Mariéton, réalisé par Henri, Léon Greber (1856-1941) et grâce à ses amis, fut érigé dans l’enceinte du Théâtre Antique d’Orange, inauguré par Léon Bérard, Sous-Secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts et le Capoulié, Valère Bernard. Des témoins rapportent que la pluie tomba à la fin de la cérémonie, comme le rideau d’un théâtre, à la fin du spectacle. Un autre exemplaire du même buste fut inauguré dans le Jardin des Félibres à Sceaux (Hauts-de-Seine), le 15 juin 1913.
LE PHOTOGRAPHE : Eugène PIROU
Né Louis, Eugène Pirou, le 26 septembre 1841 à Tubœuf (Orne), ancienne commune française du département de l'Orne. En 1841, le village comptait 201 h.
Fils de serrurier, Eugène Pirou rejoint la capitale vers 1860. Sa rencontre, quatre ans plus tard, avec Nadar est déterminante dans son choix de carrière.
Il a possédé plusieurs ateliers à Paris : au N° 1 boulevard Saint-Germain vers 1864-1865 puis, au N° 3 de la même voie vers 1876 et, de 1880 à 1923, un studio au N° 5 du même boulevard puis un autre quelques temps au N° 23 rue Royale, dans une salle désaffectée des Missions évangéliques, ainsi que plusieurs succursales.
Reconnu pour la qualité de son art, il reçoit de nombreuses distinctions : dix médailles d'Or et deux diplômes d'Honneur.
Eugène Pirou fut le photographe de l'Institut, de la Magistrature, de l'Etat Major Général, de la société de Géographie, du Corps Diplomatique, des Ecoles Supérieures et des célébrités contemporaines, dont Frédéric Mistral. Il a aussi photographié les événements de la Commune de Paris, en 1871.
Photographe de talent mais aussi cinéaste, le 20 mai 1903 il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur par décret du Ministère des Colonies. Eugène Pirou décédait à Chaville (Hauts-de-Seine) le 30 septembre 1909.
A sa mort, ses fils, Louis, René (1885-19..) et Roger, Eugène (1889-19..) continuèrent d'exploiter l'atelier qui disparaissait en 1931.
LA DESTINATAIRE : A Madame la Duchesse de la Roche-Guyon
Il s’agit vraisemblablement de Mme Isabelle La Roche-Guyon, (Mme Alfred de La Rochefoucauld, née Nivière, duchesse de) (1833-1911).
Née en 1833, Isabelle Nivière épousa en 1853 le comte Pierre, Marie, René, Alfred de La Rochefoucauld, duc de la Roche-Guyon.* Âme mélancolique, dont les épreuves familiales aggravèrent la tristesse native, la duchesse semble n'avoir vécu que pour et par la poésie. Elle publia chez l’éditeur Lemerre des recueils aux titres significatifs, La Vie sombre, Les Langueurs charmées, etc., et entretint des correspondances suivies avec les poètes : François Coppée, Victor de Laprade, Frédéric Mistral, Armand de Pontmartin. S'il est beaucoup question de poésie dans les lettres qu'elle reçut, la politique, la religion, l'actualité littéraire, très présentes, donnent aussi à ces lettres un très vif intérêt.
Une vente de la bibliothèque et des archives du château de la Roche-Guyon, se fit le 18 décembre 1988. Ce portrait dédicacé de Paul Mariéton à l'attention de la duchesse provient-il de ces exceptionnelles archives ?
*Pierre, Marie, René, Alfred de La Rochefoucauld, duc de la Rocheguyon (1820-1883), frère du duc François XV.
30/03/2020
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- ARTICLE 2 -
UNE POSE PHOTOGRAPHIQUE.
Tout au long de nos acquisitions “mistraliennes”, hormis les cartes postales, nous avons réuni des épreuves photographiques des XIXe et XXe réalisées par de très nombreux opérateurs, de notoriété internationale comme Nadar ou moins connus comme Prévot d’Avignon ou J. Thierry de Lyon. Certaines de ces photos ont, par ailleurs, fait l’objet de photo-carte ou de carte postale, dues à plus d’une trentaine de photographes différents.
Les épreuves photographiques recueillies se présentent ainsi : a) format dit, carte-de-visite (CdV), photo de 5,2 cm sur 8,7 cm, contrecollée sur un carton au format d'une carte de visite en usage de cette époque, soit 6,2 cm sur 10,3 cm.) ; b) format dit : carte cabinet, photo de 10 × 15 cm, contrecollée sur un carton au format 10,8 × 16,5 cm. Ces deux états portent le nom du photographe, généralement imprimé sous le cliché. Le dos, d'abord vierge, est progressivement réservé à la publicité du studio qui produit le document.
Enfin, voici la photo de presse, généralement d’un format 13 x 18 cm., tamponnée au verso du nom de l’émetteur, avec une mince légende, sujet de cet article.
Il ne s’agit pas ici de l’un des premiers portraits de Frédéric Mistral (vers 1858/59) mais du tirage d’un des derniers portraits du Maître provençal.
L’épreuve photographique, présentée ci-dessous, tamponnée et annotée, porte au verso :
C. Chusseau-Flaviens, photos, 46 rue Bayen, 46, Paris, Droits réservés.
Faisons plus ample connaissance avec le créateur de cette maison disparue.

RECTO/VERSO DE LA PHOTO DE PRESSE.
(Coll. G.B ©)

LÉGENDE AU VERSO DE LA PHOTO.

TAMPON DE L'AGENCE CHUSSEAU-FLAVIENS AU VERSO DE SES PHOTOS.
Charles CHUSSEAU-FLAVIENS.
Selon les chercheurs, aucune information biographique sur Chusseau-Flaviens n'est connue. Après moults disquisitions, nous avons pu limiter notre ignorance par ces quelques lignes :
Fils d’Alexis, Louis, sans profession, signalé absent à la naissance et, de Rose, Louise née Machard, Charles, Alexis, Joseph Chusseau naquit le 13 février 1866 aux Sables-d'Olonne (Vendée). Il décéda à Paris, 17ème, le 15 octobre 1928.
D’abord médecin, grand voyageur et explorateur, Charles Chusseau vécut longtemps en Chine et effectua de longs voyages d’où il rapporta d’innombrables clichés. Il s’installe photographe actif à Paris, au 46 rue Bayen, 17ème, de 1890 à 1910 environ. Charles Chusseau est le créateur de la première agence photojournaliste en France, suivi par l'agence de reportage universelle Henri Manuel (1900), l’agence Rol (1904) et l’agence Meurisse (1909), dont nous parlerons plus tard. Cette première agence, dont les épreuves photographiques portent au verso le tampon C. Chusseau-Flaviens (son patronyme et celui de son épouse), a pour mission de fournir les premières images de la presse illustrée naissante (L’Illustration, Le Monde illustré, Revue illustrée...).
Au début, l’agence ne comptait qu'un seul photographe et l’on travaillait en famille : portraits personnels, portraits en costumes...
Les archives de la première agence photographique française acquises par la firme Kodak sont actuellement au musée George Eastman, à Rochester, New York. D'autres épreuves sont conservées au musée Nicéphore-Niépce, à Chalons-sur-Saône, au musée d'Orsay et à la Bibliothèque Marguerite Durand, à Paris. À Orsay ou à Chalons, un début d'études des clichés révèle sous chaque costume les traits de M. et de Mme Chusseau-Flaviens.
De nombreuses cartes postales ont été réalisées d’après les clichés Chusseau-Flaviens.
En 1909, le photographe reçut la rosette de l’Instruction publique. (Officier des Palmes académiques)
Le tampon de C. Chusseau-Flaviens parait sur de nombreuses photographies de tous les pays européens ainsi que d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Orient et des États-Unis.
160 photographes du monde entier ont contribué à l'enrichissement du fonds de l’agence. Les sujets comprennent des portraits intimes de la royauté européenne, des personnalités politiques et des célébrités en plus de la vie quotidienne. Comme certains de ses confrères, Charles Chusseau-Flaviens couvrit les débuts de la 1ère guerre mondiale.
(Sources : catalogue de vente Binoche et Giquello du 12/12/2012 - actuphoto.com et divers.)
6/04/2020
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- ARTICLE 3 -
UN ÉVÉNEMENT, DEUX CLICHÉS (presque) IDENTIQUES,
DEUX ÉDITIONS.
Les deux clichés présentés furent réalisés le 12 octobre 1913, lors de la visite du Président de la République Raymond Poincaré, chez Frédéric Mistral, dans le jardin de sa maison de Maillane. Ces belles épreuves étaient à disposition de diverses publications de l’époque, afin d’illustrer le reportage de l’événement.
Le tirage photographique ci-contre, porte au verso le tampon : C. Chusseau-Flaviens, photos, 46 rue Bayen, 46, Paris, Droits réservés. Pour plus amples informations sur cette agence, le lecteur reviendra vers l’article 2.

L’autre tirage photographique que voici, sensiblement identique au précédent, porte au verso le tampon : agence Rol, 4, rue Richer, Paris IXe, du nom de son fondateur, le photographe Marcel Rol (1876-1905), animateur de l’une des importantes agences de presse du début XXème siècle. Cependant, ce cliché n’est pas de Marcel Rol mais d’un des photographes de l’agence. En voici les raisons.


Marcel ROL
*Portrait paru dans la revue hebdomadaire Le sport universel illustré, n° 479 du 24 septembre 1905
AGENCE ROL
Marcel, Marie, Joseph Rol, a vu le jour à Vaison-la-Romaine, le 26 novembre 1876. Rol, qui fournissait des photographies pour L’Auto et La Vie au Grand Air, entre autres, lança, le 24 décembre 1903, la compagnie Rol & Tresca avec un collègue photographe : Louis-Pierre Tresca (1873-1957), petit-fils de Cécile Tournachon, cousine de Félix Tournachon dit Nadar. Leur commanditaire était un certain F. Magnelli, domicilié 35 rue des Martyrs, qui apporta 10.000 francs de capital. L’affaire fut dissoute un an plus tard, en décembre 1904.
Louis-Pierre Tresca se mit à son compte et son nom.
Le 5 décembre 1904, Rol fonde une deuxième agence, dénommée Marcel Rol & Cie, agence de reportage photographique, 37, rue Joubert, à Paris 9éme. Il a comme associé commanditaire Louis-Emile Durney (vers 1867-19??), fils de l’industriel Pierre-Emile Durney, ancien directeur de l’usine des huiles minérales de Colombes. Louis-Emile Durney apporte 15.000 francs de capital.
Alors que l’agence est en plein essor, un drame vient brutalement endeuiller le studio.
Le 17 septembre 1905 Marcel Rol couvre la course de côte automobile du mont Ventoux, organisée par l'Automobile Club d'Avignon et le journal L'Auto-Vélo depuis 1902. Après avoir pris des photos de l’arrivée au sommet du mont Ventoux, Marcel Rol et son confrère Louis Meurisse, pressés de rapporter leurs clichés à Paris, sollicitent le coureur Joseph Collomb (1867-1908, 4ème de la course), pour redescendre de l’hôtel Vendran, à Carpentras. Comme il n’y a qu’une place de disponible dans l’automobile Mors, les deux photographes tirent à pile ou face. C’est Rol qui gagne. Meurisse redescendra plus tard à bord de la Rochet-Schneider des officiels.

17 septembre 1905 - Devant l'hôtel Vendran, au sommet du Mont Ventoux.
Le photographe Rol à bord de la voiture Mors de Joseph Collomb et son mécanicien,
en partance pour Carpentras.
D’après La Vie au Grand Air n° 368 du 29 septembre 1905, p.806
Arrivée près de Carpentras, roulant à trop vive allure, l’automobile de Collomb dérape dans une courbe et va heurter un talus. Catapultés hors du véhicule, Collomb et son mécanicien sont légèrement blessés. Le malheureux Marcel Rol, projeté contre un tronc d’arbre, est tué sur le coup, le crâne et la colonne vertébrale fracturés.
Le photographe, âgé de 29 ans, s’était marié le 28 mars 1905, à Paris, 9e.
Sa jeune femme de 24 ans, Louise, Marie, Madeleine née Praud, à Angoulème le 18 mai 1881, modiste, attendait un enfant.
Après la mort de Marcel, son père, Denis, Joseph Rol, jusqu'alors comptable de l'entreprise, prend la direction de l'agence. Au début de l'année 1908, il présida au déménagement de l'agence, de la rue Joubert au n° 4 rue Richer, 9e, adresse jusqu'en 1937.
Denis Rol décède le 1er juillet 1910. Son épouse, Marie, Mathilde, Geneviève, née Liffrand, la mère de Marcel, dirige alors l'agence jusqu'en avril 1923.
Mathilde Rol vend alors l'agence au photographe Georges Devred (1887-1932), qui travaillait pour l'agence depuis 1911. Georges Devred la dirige de 1923 à son décès, en 1932.
Après lui, l'agence continue son activité sans que l'on connaisse le nom de ses dirigeants. Les dernières photos de l'agence paraissent en juin 1937.
En 1938, l’agence Rol fusionne avec les agences Meurisse et Mondial Photo Presse pour former l’agence SAFARA (Service des Agences Françaises d’Actualités et de Reportage Associées).
(Sources principales : wikipédia - agencerol.fr - acte mariage 11/31 n°345)
13/04/2020
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- ARTICLE 4 -
LE CLICHÉ RETOUCHÉ.
L'épreuve photographique ci-dessous fut réalisée d’après un cliché pris le 12 octobre 1913, lors de la visite du Président de la République Raymond Poincaré, chez Frédéric Mistral, dans le jardin de la maison de Maillane.

Par un habile travail de composition et de retouches, l’atelier photographique offre cette épreuve que l’on peut attribuer à l’agence Henri Manuel, dont voici d’abord, les principaux acteurs.
UNE FRATRIE DE PHOTOGRAPHES.
Trois garçons, nés de l‘union entre Jacob Manuel, agent commercial et Célestine née Lévy, se distinguent en devenant photographes.
Henri MANUEL, né le 24 avril 1874, 9 Place de la Corderie à Paris 3ème, décédé le 11 septembre 1947 à Neuilly-sur-Seine. Chevalier de la Légion d’honneur en 1920.
Gaston MANUEL, né le 3 février 1881, 5 rue Portefoin, à Paris 3ème, décédé le 28 décembre 1967 à Paris 7ème. En 1938, résidait 6 Rond-Point des Champs Elysées, 8ème. Officier de l’Instruction publique (1906). Chevalier de la Légion d’Honneur en 1926, officier en 1938. Marié le 14 septembre 1920 avec Augustine, Césarine, Françoise Ottair, à la mairie du XVIème Paris.
Lucien MANUEL, né le 20 décembre 1882, 5 rue Portefoin à Paris 3ème, décédé à Pleurtit (I.&V) le 27 décembre 1972. Marié le 12 novembre 1907 avec Marie, Coralie Marson, mairie du IXème Paris. Chevalier de la Légion d’honneur.
En 1900, Henri Manuel ouvre, avec son frère Gaston, un studio photographique d’actualités sportives, qu’ils diversifieront en couvrant l’actualité nationale et parfois internationale. Ils se spécialisent aussi dans le portrait des personnalités des mondes politiques et artistiques. D’innombrables clichés ont fait l’objet de cartes postales.
Dans L’Avant-scène - journal des ridicules, du 10 mars 1901, une “réclame” annonce : Henri Manuel successeur du photographe A. Vaugon au n° 27 rue Faubourg Montmartre 9ème. Albert Vaugon, actif dès 1893, ouvrait aussi un atelier de pose au n° 28 rue de Chateaudun 9ème. le 5 août 1901, Henri Manuel épousait, à Bâle (Suisse), mademoiselle Rachel, Camille Meyer.
Outre son excellence pour le portrait, H. Manuel est réputé pour la photographie de mode, œuvrant pour Chanel, Lanvin, Patou, Poiret, Schiaparelli… Dans les années 30, il pratique également la photographie publicitaire et le reportage, dont des commandes institutionnelles : hôpital Sainte-Anne, sur les prisons et les établissements carcéraux pour mineurs. (En 1936, il dirigeait vingt cinq employés, reporters, photographes, tireurs, retoucheurs.) De 1906 à 1938, Henri Manuel travaille pour trente revues de mode et plus particulièrement pour La Femme de France (1922-1935), Le Petit Écho de la Mode (1928-1936)...
En 1910, Henri crée l’Agence universelle de reportage Henri Manuel, un service de presse chargé de commercialiser ses photographies. Il [ou son agence], fut le photographe officiel du gouvernement français de 1914 à 1944.
En 1912, Gaston cesse son association photographique avec l’agence Henri Manuel. Les deux frères, Gaston et Lucien s’unissent en créant, en 1913, le studio G. L. Manuel Frères, 47 rue Dumont-D’Urville, Paris 8ème. Ils emploient Lucien Lorelle (1894-1968) avant que celui-ci n'ouvre, en 1927, avec son beau-frère Marcel Amson, alors secrétaire général du studio G. L. Manuel Frères, son propre studio, d’abord 47 boulevard Berthier puis, 170 boulevard Haussman.
Un grand nom de la photographie prit naissance dans le studio G. L. Manuel Frères : Cosette Harcourt (Germaine Hirschfeld dite, 1900-1976) y travailla de 1932 à 1933 en qualité de responsable commerciale avant de fonder le célèbre Studio Harcourt, 11 bis, rue Christophe-Colomb dans le 8e arrondissement.
En 1925, tout en gardant son premier studio au n° 15 rue Duphot, 1er, Henri Manuel, s’agrandit et installe ses ateliers, ses laboratoires et ses services commerciaux dans les cinq étages, de l’immeuble du 27 rue Faubourg Montmartre.
En 1936, il dirige vingt cinq employés, reporters, photographes, tireurs, retoucheurs.
En 1941 et pendant la seconde guerre mondiale, le studio est mis sous séquestre. Contraint à l’exil, Henri Manuel se réfugie à Montpellier. Il cède son studio à l’un de ses collaborateurs, le photographe Louis Silvestre (18??-19??) qui en abusera.
L’inventaire fait alors état d’un fonds comprenant 300 000 clichés de reportages, 350 000 clichés de personnalités et clients récents, 260 000 clichés vendus au poids du verre.
En 1946, le Tribunal civil de la Seine annule cette vente et Henri Manuel récupère son affaire. La majorité de ses clichés ont été détruits, un grand nombre (environ 261000) a été vendu pour la récupération du vieux verre. Quelques 500 plaques achetées par l’Etat en 1988 sont conservées aux Archives photographiques (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine). Hélas, un an après avoir retrouvé son affaire, Henri Manuel, âgé de 73 ans, décède, le 11 septembre 1947.
Quant à ses frères, Gaston et Lucien Manuel, ils continuèrent leur activité photographique par une riche collection de portraits de personnalités des arts et du spectacle, qu’ils élargirent à l’actualité générale, ce, jusqu’en 1939. Face à une farouche concurrence des agences de presse, Associated Press Photo, Wide World et Keystone, ils se diversifièrent aussi vers le marché de l’antiquité.
LE CLICHÉ REVU.
Selon les tirages, l’agence émet des photos de presse ou des photos d’art. Reprenant l’intégralité de l’un de ces mémorables clichés réunissant le Président de la République et le poète provençal, par un méticuleux et habile travail d’artiste, le photographe a effacé tout l’entourage des deux personnalités pour ne conserver que leur image.
S’appuyant sur cette nouvelle épreuve, usant encore de son talent, Henri Manuel a occulté le président Poincaré pour ne garder que le portrait de Frédéric Mistral. Il en a fait des tirages, collés sur carton imprimé de ses qualités et adresse, au verso.

Ce cliché se trouve aussi en frontispice d’une des éditions de l’ouvrage de José VINCENT : Frédéric Mistral - Sa vie, son influence, son action et son art. Paris Gabriel Beauchesne - 1918.
Avant d’enrichir notre collection, en novembre 2013, ce beau document a sommeillé dans une autre “atmosphère”. En effet, cette photographie, dite carte cabinet (format 10,8 x 16,5), collection Henri Manuel, provient de la collection de Michel SOUVAIS, comme le confirme une mention sur le recto et un tampon sur le verso.
Chanteur, comédien, mannequin, journaliste, écrivain, peintre, Michel Souvais est né le 21 août 1946, à Paris dans le 4ème arrondissement. Par sa mère, il est le petit-fils de Louise Weber, dite La Goulue (1866-1929), danseuse populaire de cancan, immortalisée en 1891 par le peintre Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) pour une affiche du célèbre cabaret parisien : Le Moulin Rouge. Michel Souvais est décédé le 3 mars 2012, à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, à la suite d’une « longue maladie ».
Sur la photo on remarque un écrit d’une main tremblante ou malhabile : Frédéric Mistral. L’apostille est de la main de la célèbre Arletty, alors âgée de quatre-vingt printemps. Une étiquette, collée et annotée au verso du document par Michel Souvais, apporte l’information.

Michel Souvais rencontra Arletty (Léonie Bathiat, dite, 1898-1992) en 1978 alors qu’elle habitait déjà un appartement à Paris, au 14 rue Rémuzat, dans le 16ème arrondissement. La comédienne et artiste de cinéma, reste célèbre pour son “atmosphère”, sa gouaille et son franc parler. Depuis 1966, la perte de la vue l’avait rendue presque aveugle. Michel Souvais devint son secrétaire particulier et proche confident jusqu’en 1990.
M. Souvais collectionnait les portraits photographiques carte cabinet de personnalités, femmes et hommes du XIX° et XX°, réalisés par des photographes de renom tels : Boissonnas-Taponier, Franck (François, Marie, Louis, Alexandre Gobinet de Villecholle -1816-1906, dit), Ch. Reuttlinger, H. Manuel et autres. Bon nombre de ces épreuves connues sont enrichies de l’annotation par Arletty, en 1978. Peut-être que, n’ayant pas tous les noms de ces personnalités, M. Souvais a demandé à Arletty de les identifier.
Certains puristes trouveront ces ajouts dommageable ; d’autres y verront un plus documentaire et historique.
Quoi qu’il en soit, l’originalité du parcours de cette épreuve photographique n’a pas laissé indifférent son actuel propriétaire, plaisir qu’il a souhaité partager avec vous.
Sources principales : Etat-civil des archives départementales de Paris - www.Cairn.info - wikipédia
20/04/2020
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- ARTICLE 5 -
UN GRAVEUR À LA UNE ou,
retour sur un portrait.
En 2014, la curiosité nous a conduit à faire une petite étude intitulée : Frédéric Mistral, modèle des Artistes, développée en trois opus.
Dans l’opus I, sous-titré : par les dessinateurs et les graveurs, nous présentions, en p. 8, un magnifique portrait gravé du poète provençal. Or, nous n’avions pas réussi à décrypter le nom de l’artiste, signé en bas à droite.
Six ans après cette publication, un sympathique félibre et lecteur, André Poggio, vient de rectifier notre incertitude. L’habile et talentueux artiste, auteur de ce portrait, est H. THIRIAT.

La signature de H. THIRIAT que nous n’avions pas déchiffrée.
Les lettre SC suivant la signature signifient : sculpteur.
Lors des salons de peinture-sculpture de Paris, les graveurs étaient référencés avec le sculpteurs.
Le gazettophile (collectionneur de journaux) qui consultera les numéros du XIXème de l’hebdomadaire L’Illustration, fondé en 1843, trouvera assez fréquemment des gravures signées H. Thiriat, parfois à la UNE ou, dans les grandes pages de la revue. La technique employée est la gravure en relief, sur bois debout au burin, différente de la gravure sur bois de fil.(1)
1- Le bois debout (ou de bout) est taillé dans le sens transversal ; le fil du bois est perpendiculaire à la surface à graver - Le bois de fil est coupé dans le sens des fibres, d’où un manque de finesse.
Le graveur présente un Mistral noble, le regard droit et franc, un visage poupin qui ne cache pas un certain embonpoint d’un homme serein, visible également sur diverses photos entre 1875 et 1885.

F. Mistral par H. THIRIAT,
d’après Histoire du Félibrige (1854-1896), par Gaston Jourdanne,
Avignon, Roumanille libraire-éditeur, 1897.
Henri, Amédée Thiriat, né à Paris 11ème, le 22 novembre 1843,(2) décédé à Villiers-sur-Marne le 9 avril 1926,(2a) était graveur sur bois. Henri Thiriat collabora principalement à l’hebdomadaire L’Illustration, ainsi qu’à d’autres journaux comme Le Monde Illustré, Le XIXe Siècle..., tout en continuant à exposer au Salon des Artistes Français où il obtint de nombreuses récompenses. Il épousa, le 4 janvier 1868,(3) Marie, Élisabeth Verpy, née à Paris 11ème, le 17 septembre 1846 (décédée avant 1926), brodeuse en or et argent. Le couple donna naissance à un garçon qu’ils nommèrent : Paul, Henri.
2 & 2a- wikipédia, actes vérifiés.
3- Acte mariage n° 8 (vue 5/31), année 1868, archives de la Ville de Paris.
PREMIÈRE EDITION DU PORTRAIT.
La page 325, de l’hebdomadaire L’ILLUSTRATION N° 1865 du 23 novembre 1878, offre un bel article titré : Félibres et Cigaliers, signé Paul Arène, illustré de sept portraits dont celui de Frédéric Mistral par H. Thiriat. Le graveur avait alors 34 ans et son fils, Paul, Henri, neuf ans.

Page 325 de L’Illustration n°1865 de 1878.
En bas de page, la légende indique que les portraits sont réalisés d’après les photographies de Carjat (Étienne Carjat, 1828-1906). Par contre, toutes les gravures ne sont pas de H. Thiriat.
En 1897, soit 32 ans après la publication dans L’Illustration du portrait de Mistral, l’éminent Gaston Jourdanne (1858-1905), majoral du Félibrige en 1894, reprit ce portrait et d’autres, en illustration de son excellent ouvrage : Histoire du Félibrige (1854-1896), précieuse étude faisant encore référence aujourd’hui.
Dans un article nécrologique, L’Illustration du 24 avril 1926, note à propos de Henri Thiriat : qu’il fut de cette pléiade d’artistes qui chaque semaine, avec un document d’actualité créaient un œuvre originale et d’ajouter : quinze jours avant sa mort, il était encore penché sur son établi de graveur.
QUELQUES MOTS SUR PAUL, Henri THIRIAT.
Né à Paris, 64 rue de Vaugirard, 6ème, le 30 décembre 1868,(4) formé d’abord par son père, il se tourna un temps vers la gravure sur bois. Dès 1860, la presse a de plus en plus recours à la photographie et fait de moins en moins appel aux travaux de gravure. Cette nouvelle technologie décida-t-elle Paul, âgé de 20 ans, à s’engager en mars 1889, au 32ème R.I. pour 5 ans ? Nommé caporal en octobre 1889, il passe sergent en septembre 1890. Après avoir été muté dans divers régiments et accompli ses missions, il est versé dans la réserve le 8 mars 1892.(5) Revenu à la vie civile, comme graveur sur bois, il épouse, le 30 juillet 1892, à Tours, Cécile, Jeanne Charoy,(6) née le 16 avril 1870, à Paris 6ème. Le couple, installé à Paris, donne naissance à deux enfants : Suzanne, Marie (1894-1982), 9 rue de Maistre, 18ème et, Pierre, Louis (1896-1975), 47 rue Pigalle, à Paris 9ème. Au regard de sa fiche matricule de recrutement et divers documents, on constate qu’entre 1892 et 1943, P. Thiriat n’a de cesse de déménager. Entre Paris (plusieurs adresses), Lille, Saint-Maur, Londres, Audinghen, Boulogne, Crécy-en-Brie, il eut plus d’une quinzaine d’adresses.
4- Acte de naissance 3063 (vue 6/7), année 1868, archives de la Ville de Paris.
5- D’après sa fiche matricule de recrutement.
6- Archives départementales d'Indre-et-Loire, acte de mariage n°267 à Tours le 30/7/1892, vue 192/377
En 1904, pendant quelques mois, Paul Thiriat est correspondant à Londres, pour l’hebdomadaire illustré The Sphere. En 1906, le quotidien L’Auto-Vélo du 23 janvier, annonce qu’il est élu covice-président de l'Association de la presse illustrée. Souvent identifié Henri Thiriat, par erreur, Paul, Henri Thiriat, mobilisé lors de la guerre 1914-1918, devient reporter de guerre. Il réalise des aquarelles signées Paul Thiriat, parfois sous le pseudonyme Claude Whip, vers 1925, pour des dessins publiés dans L’Épatant. Témoins d’un grand réalisme, ses œuvres sont reproduites dans des périodiques britanniques comme The Graphic et The Sphere, ainsi que par des supports français, tels Excelsior, Les Annales politiques et littéraires, Le Flambeau, Le Panorama de la guerre...
Certaines de ses gouaches ou aquarelles ont aussi fait l’objet de cartes postales.
D’après Le Panorama de la guerre.

Carte postale.

signature de Paul Thiriat.
Après la guerre, Paul Thiriat s’épanouit comme artiste peintre et aquarelliste, illustrateur de divers ouvrages français et britaniques. Il mourut à Paris le 11 avril 1943, 15 rue Henri Rochefort 17ème, à 75 ans.(7)
Nous ne connaissons pas de portrait de Mistral par Paul Thiriat.
7- Archives de la Ville de Paris, acte de décès n° 633 du 11 avril 1943, vue 25/31.
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- ARTICLE 6 -
MISTRAL et MME PAR NADAR,
gravés par H. THIRIAT.
Bien avant la publication de photographies dans les journaux, les rédactions faisaient appel à des artistes de talent. D’après un sujet donné, le dessinateur, ou le graveur, souvent le même, faisait une illustration adaptée mais suivant sa propre inspiration.
La photographie (découverte en 1830), et sa rapide évolution ont d’abord servi de support aux graveurs pour réaliser leurs illustrations, respectant ainsi la réalité. L’excellence de reproduction d’une photo en une gravure sur bois, démontre les grandes qualités de maîtrise et d’exécution de ces artistes du canif, de la gouge et du burin.
En voici un bel exemple.
En 1896, Mistral travaille beaucoup à l’installation d’un musée, niché au second étage de l’ancien collège des Oratoriens, rue de la République à Arles. Le poète a fixé la date d’inauguration officielle le 21 mai 1899, en même temps que la célébration de la Santo Estello (congrès annuel du Félibrige) et les Grands Jeux Floraux Septénaires.
L’avènement d’un musée ethnographique à Arles fit du bruit jusqu’à Paris. Aussi, en prémices de l’inauguration, l’hebdomadaire L’Illustration dépêcha deux correspondants locaux : Auguste Giry et le célèbre Nadar, pour rédiger un reportage.
Auguste Giry (8-11-1855-09/02/1936)1, correspondant du Petit Parisien et de L’Illustration, fut aussi rédacteur en chef du quotidien marseillais Soleil du Midi. Ancien conseiller municipal à Marseille, de 1884 à 1886, Auguste Giry épousa, le 20 avril 1899, la soprano Marie Vachot, professeur de chant au conservatoire2. Lors de l’Exposition coloniale de 1906, A. Giry, publiciste et secrétaire du Syndicat d’initiative de Provence, fut directeur adjoint du commissariat général. On lui doit une comédie en un acte : En Vacances!, représentée pour la 1ère fois à Marseille, au théâtre des Variétés, le 30 octobre 1888 . Il résidait 24 rue des Abeilles, 1er.
1-A. N. - T. 8 - Vue 5/75 - acte n° 25.
2-Source : hebdomadaire La Vedette politique, social et littéraire du samedi 22 avril 1899 rapporte son mariage mondain, le 20 avril 1899 avec Henriette, Marie SIROT, mieux connue sous le pseudonyme de Marie Vachot, soprano, professeur de chant au conservatoire de Marseille.
(Acte mariage n° 157 T.3 p. 159, vue 80/127 - avec Henriette, Marie SIROT (°Montpellier 17-5-1858), fille naturelle de Euxodie SIROT artiste lyrique et de père inconnu.
Félix Tournachon, alias Nadar (1820-1910), homme aux multiples talents (caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe), alors âgé de 77 ans, quitta Paris pour Marseille où,le 20 décembre 1896, il inaugurait un studio photographique, 21 rue Noailles. Rapidement, il bénéficia d’une grande notoriété dans la région et se lia d’amitié avec Frédéric Mistral. Dans son studio, Nadar fera plusieurs portraits du poète, dont un certain trois quart face. Il fit un agrandissement de ce cliché qu’il présenta dans sa vitrine avec d’autres portraits. Ses successeurs, Boissonnas et Detaille, sauront aussi multiplier les épreuves que l’on trouvera dès 1900 en cartes postales, proposées ensuite par divers éditeurs (L. Astier, Lacour, P. Ruat...)

Plaque positive autochrome couleur Détail de CPA
Coll. de l’auteur
Donc, un beau matin de novembre (1898), par une température estivale, le rédacteur Auguste Giry et Félix Nadar, chargé de son matériel photographique, quittent Marseille par la gare Saint-Charles et se rendent en train à Graveson. Cette gare, la plus proche de Maillane, se trouve sur la ligne du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée).3 Après un voyage de près de deux heures et demi, à 40 km/h, ils terminent les 5 km reliant les deux villages, dans l’une des pataches faisant la navette.
3- Fermée au service voyageurs en 1972, délaissée, squattée, pillée, abandonnée aux agressions des tagueurs et des variations du temps puis, enfin murée.

La gare de Graveson vers 1900.

La patache reliant Maillane et Graveson. Détail d'une carte postale.
Auguste Giry rapporte : Nous poussons la grille, les figues tombées du matin s’écrasent sur un tapis de feuilles mortes. Deux chiens noirs viennent à nous. L’un d’eux, Pan-Perdu, le favori du poète, ne voit pas sans quelque défiance cette invasion de franciots. Mais presqu’aussitôt (sic) sur le seuil, apparaît la puissante silhouette de l’auteur des Îles d’or. Mme Mistral l’accompagne, gracieuse, avenante. On échange de vigoureuses poignées de mains et, tout de suite Mistral nous fait l’honneur de son logis. Là où l’impression est le plus vivement ressentie, c’est dans la salle à manger du poète. Préludant aux reconstitutions du Museon Arlaten, Mistral a voulu cette pièce, où il se tient le plus souvent, reproduisit avec une exactitude relevée d’art, le cadre intime où vivent les riches femmes de la Crau.
Nous passons ensuite dans le jardin inondé de soleil et tandis que Mistral et sa jeune femme nous disent les joies de le intime retraite, Nadar en veut saisir un touchant tableau.
Avec complaisance, le couple pose près de la fontaine, accompagné de ses deux chiens : Pan-Perdu, caressé par madame Mistral et, Pan-Panet qui, d’après Mistral, n’était autre que le fils de Pan-Perdu.

Epreuve photo, cliché Nadar - coll. de l’auteur.
Ce tirage porte la marque en relief, en bas à droite, Boissonnas & Detaille, ce qui date cette épreuve du début 1900.
Les plaques et négatifs de Nadar, Boissonnas & Detaille, F. Detaille (seul à partir de 1910), A. Detaille, veillent aujourd’hui dans le fonds Gérard Detaille.
Après cette visite à Maillane suivie de la découverte du musée à Arles, L’Illustration n° 2932 du 6 mai 1899, publie le reportage sur deux pages, enrichi de quatre illustrations : le couple Mistral dans leur jardin, deux vues de l’intérieur du Museon Arlaten, toutes de Nadar et, une vue de la maison (photo de la Estman Kodak).
Bien que les reproductions de photographies prenaient de plus en plus l’espace dans les mises en page, les gravures gardaient encore un peu de place en accompagnements iconographiques. Pour cette raison, ce n’est pas la photographie du couple mistral qui fut publiée mais une délicate reproduction, réalisée par l’habile graveur Henri Thiriat.4 La légende : Mistral et Mme dans leur jardin, précise : photo Nadar père. On remarquera que l’artiste n’a pas représenté le chien Pan-Panet.
4 Sur Henri Thiriat, voir l’article 5.

Gravure par H. Thiriat d'après le cliché de Nadar père,
publiée dans L’Illustration n° 2932 - coll. de l’auteur.
Entre 1899 et 1901, période pendant laquelle Fred Boissonnas et Fernand Detaille succèdent officiellement à Nadar, diverses photographies, signées par ces successeurs, immortaliseront Mistral et Pan-Panet. Ces clichés on fait l’objet d’emblématiques cartes postales en phototypie, largement diffusées en leur temps et souvent utilisées par le poète pour ses brèves correspondances.
Sources principales :
- De Nadar à Detaille par Gérard Detaille, in Marseille au temps de Nadar, éditions Parenthèse/Musées de Marseille, 2001. - L’Illustration n° 2932 du 6 mai 1899.
4-05-2020
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- ARTICLE 7 -
GARE DE GRAVESON.
Une historique petite gare provençale.
Suivant un projet de Paulin Talabot (1799-1885) et de Charles Didion (1803-1882), deux amis ingénieurs, et grace à l’intervention, en 1842, de monsieur de Lamartine, alors député de Saône-et-Loire, commençaient au printemps 1843 les expropriations, achats de terrains pour ouvrir les travaux de la ligne Marseille-Avignon, via Miramas-Arles, et la construction des gares. Après moults avatars et tractations entre les différentes sociétés concessionnaires, il s’établit une nouvelle compagnie du nom de Chemin de fer de Lyon à Méditerranée dont le directeur est Paulin Talabot. Le 8 juillet 1848, était inaugurée la ligne ferroviaire Marseille-Avignon via Miramas-Arles.
Entre Miramas et Arles, l’une des gares retient tout particulièrement notre attention : GRAVESON, station élevée sur la section de ligne Barbentane - Saint-Chamas, ouverte au trafic le 18 octobre 1847.
Le site où s’élève la gare, bordant le versant sud de la Montagnette, appartenait à la famille Teissier de Cadillan.
Un membre de cette famille, Joseph, Marie, Alcide Teissier de Cadillan, né le 10 décembre 1820 à Avignon, avocat à Paris, fils de Marie, Charles, Hippolyte, Teissier de Cadillan (Tarascon 3/08/1784-19/03/1852), et de Marie, Rose, Joséphine née Bermes (Monteux 23/03/1798), épousée le 14 septembre 1818 (acte 135-vue258+), fut maire de Tarascon de 1873 à 1878, conseiller général des Bouches-du-Rhône et député éphémère, de 1877 à 1878. Il mourut dans sa maison à Tarascon, le 20 juin 1882. En mémoire, une voie de Graveson, pratiquement parallèle à celle du chemin de fer, porte le nom Cadillan ainsi qu’un quartier du village. Notons aussi que divers membres de cette famille sont nés principalement à Avignon, Aix en Provence et qu’un certain Jean, Charles de Teissier de Cadillan aurait résidé à Maillane entre 1675 et 1725.
Dès sa mise en activité, la petite station, appelée alors gare Cadillan, aide rapidement à l’essor de la région, avant d’être nommée, en 1857, gare de Graveson. Cette même année 1857, la ligne Paris-Marseille s’ouvre et prend, en finalité, le nom de ligne PLM (Paris-Lyon-Méditerranée).
Au sud de Graveson, à moins de 5 km, s’étend le village de Maillane où, à la même époque réside un jeune poète de 27 ans : Frédéric Mistral. Ses travaux retiennent de plus en plus d’attention auprès d’autres poètes dont la même volonté est de versifier dans leur langue maternelle, afin de protéger leur idiome que l’instruction publique veut annihiler. En mai 1854, avec ces mêmes amis, il a fondé un mouvement littéraire appelé Félibrige. Cinq ans plus tard, la parution en 1859, de son poème épique Mirèio, lui ouvre le chemin de la gloire.
Pour ses voyages à Paris, à Arles, à Avignon... Mistral poussera souvent la porte de la gare. La petite station sera une halte fréquentée par diverses personnalités venant rendre visite au poète : Paul Arène, Paul Meyer, Gaston Paris, Paul Mariéton, Charles Mallarmé, Folco de Baroncelli, Jules Charles-Roux, Charles Gounod, William Bonaparte-Wyse, l’irlandais le plus provençal et tant d’autres, sans oublier l’ami Alphonse Daudet.

Gare de Graveson vers 1900
Au fil des ans, le trafic marchandises et voyageurs devenant de plus en plus important, la gare s’aménage, se modernise et s’agrandit.
Et puis vint ce jour historique du 14 octobre 1913. Au crépuscule de sa vie, le poète reçoit chez lui, le président de la République, Raymond Poincaré. Cette visite ne fait pas l‘unanimité au sein de la population maillanaise et d’une partie du conseil municipal, le maire Vincent Dumas en tête.
Parti d’Arles à 10h. 40, où le président reçut un accueil des plus chalereux, à 11 h. le train présidentiel fait halte devant la gare de Graveson pavoisée aux couleurs tricolores grâce aux drapeaux prêtés par la ville de Saint-Rémy. Un dais, un tapis rouge, des plantes vertes forment un salon d’honneur. M. Louis Rame,(1) le maire de Graveson (de 1904 à 1914), ex-chef de gare en retraite, accueille le président. Plusieurs automobiles et deux grands cars forment le cortège présidentiel.
1- Louis, Auguste, Joseph Rame, né le 22/07/1846 à Aramon, épouse le 17/04/1877 Marie, Thérèse Millet, née à Graveson le 1er/05/1852 - (A.D. Act mariage n°5)

Gare de Graveson vers 1910
Il est 11h 15, lorsque l’automobile du Président arrive chez Frédéric Mistral. Jules Charles-Roux, accueille le Président et lui présente le poète. On reconnait aussi Auguste Blain de Saint-Rémy, Joseph d’Arbaud et le brave Charloun Rieu.

Mistral invite le Président dans sa maison et tremblant d’émotion, ne pouvant étouffer un sanglot, le remercie d’être venu jusqu’ici. Raymond Poincaré donne l’accolade au poète dont les yeux s’emplissent de larmes. Mistral invite le Président à venir dans son bureau et lui offre un exemplaire, relié en parchemin, de Mireille avec cette dédicace :
À Monsieur Raymond Poincaré,
en belle souvenance de la visite qu’il fit au poète de Mireille.
À Madame Poincaré,
de tout cœur.
F. Mistral.
Après les émouvants discours de chacun, dans le salon de la maison, le Président signe le Registre des délibérations que Mistral avait fait porter et poser sur le guéridon Napoléon III d’époque. La visite se termine dans la salle à manger où Madame Mistral sert un verre de muscat, en souhaitant en provençal au Président : longue durée.
Après une visite d’une bonne demie heure, le protocole appelle au retour à la gare de Graveson. Le Président invite Mistral à s’asseoir avec lui dans la voiture.

12h. Arrivée du Président et de F. Mistral pour déjeuner. photo-carte, coll. G.B
Dans le wagon présidentiel(2), un repas, sous la haute bienveillance du chef de brigade Charles Bouvier(3), est offert par M. Stéphane Dervillé (1848-1925), président du P.L.M., de 1899 à 1925. Le poète, invité d’honneur, prend place à la droite de Monsieur Poincaré. À la droite de Mistral, s’installent M. Léon Mauris (1850-1929), directeur du PLM depuis 1907, puis, le général de division Antoine Beaudemoulin (1857-1927), secrétaire général de la Présidence et chef de la Maison militaire du président de la République. À la gauche du Président, se trouve Joseph Thierry (1857-1918), éphémère ministre des travaux publics (22 mars au 9 décembre 1913). Assis en face du Président, M. Dervillé avec à sa droite Paul Peytral (1842-1919), sénateur des Bouches-du Rhône et à sa gauche André Lefèvre (1869-1929) député d’Aix (de 1910 à 1924). Viennent ensuite M. Hammond,(4) sous-préfet d’Arles et, Abraham Schrameck (1867-1948), alors préfet des Bouches-du Rhône (de 1911 à 1918), respectivement assis en face de M. Mauris et du général Beaudemoulin.
2- Le wagon présidentiel, ancien élément du train impérial désaffecté après la chute de 1870, était une voiture servant de salle à manger. Ce n’est qu’après une commande, en décembre 1913 et mis en service pour la première fois en 1925, que le wagon disposait d'un salon, d'un bureau, d'une chambre présidentielle ainsi que de deux cabines et un office.
3- Fils d’un cafetier, Charles, Joseph Bouvier est né le 15 septembre 1864 à Valence. Entré à la Cie des wagons-lits en qualité de chef de cuisine, il est affecté en 1900 au service des wagons-restaurants et assiste le chef de service dans l’organisation des voyages spéciaux. En 1911, il prend la charge de contrôleur des wagons-restaurants et de l’organisation des visites présidentielles. Ses qualités et son dévouement lui valurent d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1928. (Décédé après 1929).
4- Georges, Charles, Albert Hammond (26/10/1875-après1928), publiciste, sous-préfet d’Arles du 28 octobre 1912 au 14 juillet 1914.

1 : R. Poincaré - 2 : F. Mistral - 3 : J. Thierry - 4 : L. Mauris - 5 : Gal. Beaudemoulin
6 : P. Peytral - 7 : S. Dervillé - 8 : A. Lefèvre - 9 : G. Hammond - 10 : A. Schrameck
Cliché d'après l'hebdomadaire L'Illustration n°3686 du 18 octobre 1913.
À la fin du repas, Mistral porte un toast à la santé du Président puis, M. Dervillé se félicite d’avoir reçu sur son réseau le premier magistrat de la République qu’il remercie au nom de tout son personnel. M. Poincaré répond en quelques mots aimables, puis il accompagne Mistral à la portière du wagon.
En concluant son article sur la rencontre de Maillane, un journaliste écrivit : Un chef d’Etat a rencontré un autre chef d’Etat.
- ARTICLE 7b -
GARE DE GRAVESON.
Une historique petite gare provençale.
Le retour du Président de la République, de Maillane à Graveson, aurait fait l’objet d’une étonnante anecdote.
Le chauffeur, Henri Gautier semble-t-il, profondément attaché à son village de Maillane et non intimidé par la charge qu’il assurait, émit un prérequis au Président : Monsieur le Président, je suis tout disposé à vous reconduire à la gare de Graveson, mais à une condition. On peut imaginer le trouble qui saisit la suite présidentielle. Qu’elle est cette condition ? demanda le Président. Depuis trop longtemps nous demandons que la gare de Graveson porte l’enseigne GRAVESON-MAILLANE et cette demande reste sans réponse. Monsieur le Président, si vous me promettez que vous ferez installer cet enseigne, alors je vous conduis à la gare. Effectivement, fin juin 1912, le conseil municipal de Maillane avait émis une première requête en ce sens. Le Président promit et, quelques... 10 ans plus tard, la gare s’honorait de grandes et belles enseignes en tôle émaillée blanche avec cette inscription en grosses lettres rouge : GRAVESON-MAILLANE. Par ailleurs, une plaque gravée rappelant l’historique visite présidentielle fut scellée sur un mur, dans le hall de la gare.


La gare vers 1925

Pour les petites liaisons la Micheline remplace les locomotives à vapeur.

Farce ou volonté de l'éditeur :
Vue vers 1940/50 de la gare de MAILLANNE avec deux NN où il n'est pas question de Graveson.

Extérieur vers 1960
Vers la fin des années 1970, la modernisation et le manque de rentabilité, amenèrent la fermeture de la gare aux voyageurs, prémices de l’abandon définitif du trafic de la gare. Peu à peu, la marquise disparut, divers bâtiments annexes tombèrent sous les assauts des démolisseurs, des vandales pillèrent la gare. Par on ne sait quelle décision, les belles plaques émaillées furent démontées. Un brave homme venu se débarrasser de quelques détritus, récupéra l’une d’elles, jetée dans une décharge publique. Il la déposa au musée du Palais du Roure à Avignon, où elle se trouve toujours, tout proche de la célèbre “patache” qui reliait Graveson et Maillane. L’arrivée du TGV remplaça les voies du PLM, transformant les quais et les abords de la station.

Vers 1980 - Entrée de la gare et sortie côté voies
La bâtisse, ouverte aux quatre vents et aux squatters, finit par être murée. De ce petit patrimoine provençal et historique il ne reste qu’un “bloc” aux murs délavés par le soleil et les intempéries, maculés par les hominidés “modernes”, auteurs de détestables tags et autres grafs, les uns recouvrant ponctuellement les autres. Images navrantes d’une agressive expression picturale dans laquelle le parisianisme et ses gogos intellectuels y trouvent une richesse esthétique de créativité, à condition bien sûr que ce ne soit pas sur les murs de leur propre demeure.

Entrée de la gare et sortie côté voies
d’après railleuropexpress.com

Sur cette photo on remarque la disparition de l'enseigne Graveson.
Source : gareauxgares.canalblog.com
Pour laver ces rebutants et outrageants barbouillages, saluons la mémoire du maître Auguste Chabaud. Le peintre vécut à Graveson de 1919 jusqu’à sa mort, le 23 mai 1955. Parmi son œuvre immense, il laisse cette huile sur la toile où la gare de son village d’adoption, resplendit sous le ciel azuréen.

La gare par Auguste Chabaud. 1925.
Une chimère : Pourquoi ne pas confier, à l’un (ou plusieurs) de ces graffiteurs, une réalisation sérieuse, de bon goût et appropriée au site ? Par exemple, sur la façade sud, une fresque représentant le repas dans le wagon présidentiel, sur la façade nord le reproduction de la gare d’après le tableau de Chabaud et, sur les façades est et ouest, des paysages environnants... On peut rêver, non ? Faut-il rappeler que les graffitis sauvages sont interdits en France ? (Article R.635-1, Article 322-1 et 322-3 du Code Pénal punissant d’une amende de 1.500 à 30.000€ et d’une punition pouvant atteindre 2 ans de prison). Au vu de l’importance des graffitis envahissant nos villes et environs, tagueurs et graffiteurs ne craignent dégun...
Principales sources : L’Illustration n° 3686 du 18 octobre 1913 - L’Ouest-Eclair du 15 octobre 1913 - L’Univers du 16 octobre 1913 - luxuryhotelschool.fr - railleuropexpress.com - base Léonore -wahooArt.com - wikipedia -
18-05-2020
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NOS BONS PROVENÇAUX
Une série peu courante de cartes postales a immortalisé des félibres ou des édiles provençaux sous le titre : NOS BONS PROVENÇAUX.
- Après le trio de LA FREIRIE PROUVENCALO, voici les autres BONS PROVENÇAUX.
- Clément GALICIER - Clément, Marie. Marseille 23/11/1868 - 15/04/1908. - Journaliste, conférencier et poète. Collabora à La Sartan. Il créa et dirigea L’Idèo prouvençalo de 1901 à 1904. signature autographe
- Le RABAIET 18??-19??. Il est l’éditeur à Marseille de cette série de cartes postales. C’est le personnage le plus mystérieux car, derrière ce pseudonyme, nous n’avons rien trouvé sur lui, hormis ces cartes postales.
- Dr. Hippolyte MIREUR - Fayence 16/03/1841- Marseille 13/02/1914. Médecin, chirurgien. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’hygiène publique, la syphilis et la prostitution et études diverses. Félibre mainteneur en 1883. Chevalier de la Légion d’honneur.

- Louis FOUCARD - Marseille 9/11/1852 - 16/04/1915 - Journaliste, poète, auteur dramatique, comédien fantaisiste dit le Molière Marseillais. Une impasse dans le 16è porte son nom
- Marguerite AYMES-NADAL 18??- 1917. La seule femme retenue par l’éditeur. Auteure de nombreuses poésies mises en musique par autant de compositeurs tels : Lucien Gérard, Emilien Jouve, Louis Gautier, L-M de Croze, Hilaire Calvin, Silvio-Sebastiano Nannelli, H. Thourel de Saint-Brès (Hérault), H. de Mertens, Claire Mesure...
- Auguste GIRY - Marseille 8/11/1855-19??, correspondant du Petit Parisien et de L’Illustration, fut aussi rédacteur en chef du quotidien marseillais Soleil du Midi. Ancien conseiller municipal à Marseille, de 1884 à 1886. Lors de l’Exposition coloniale de 1906, A. Giry, publiciste et secrétaire du Syndicat d’initiative de Provence, fut directeur adjoint du commissariat général.

- Gustave IZOUARD dit Pipe - Marseille 19 juillet 1869-6 août 1920. Fondateur du “Cremascle”, cercle provençal, quai Rive-Neuve, composé de meubles et de bibelots provençaux, un véritable musée. Là se réunissait ce que la cité comptait de poètes, d’écrivains, de peintres du terroir.
- Claude BRUN (Raphaël, Claude, François, Jean-Baptiste, dit) - Bandol, 9/11/1856 - 19?? Propriétaire agriculteur à Bandol, Président du Conseil Général du Var, Journaliste, directeur du Réveil Agricole à Marseille. Officier de la Légion d’honneur (1922), officier d’Académie, officier du Mérite agricole.
- Horace BERTIN (Simon, Joseph Bense dit) - Marseille 30/10/1842- 22/12/1917. Journaliste, publiciste et poète, auteur de plusieurs ouvrages dont son oeuvre majeure de 1870 : Les heures marseillaises. Officier de la Légion d’honneur. membre de l’Académie de Marseille. Une rue en son honneur a été nommée dans le 5è arrondissement de la ville.
9-06-20
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Pour clore le paragraphe avec la Freirié Prouvençalo, voici les portraits du trésorier et du secrétaire.
Paul ROMAN
1866 - 1933

Un des rares portraits de Paul Roman.
Paul, Jean, Baptiste Roman, dit Paul Roman a vu le jour à Rognes le 2 octobre 1866. Son père, Alfred, Alphonse, né à Vauvenargues le 29 mai 1838, agriculteur, épousa, le 28 novembre 1865, Baptistine, Augustine Gay, une jeune domestique, née le 27 décembre 1847 à Lambesc.
Pour des raisons non élucidées, le couple se trouve à Rognes pour donner naissance à leur garçon. Ayant quitté Rognes, c’est à Aix que la famille s’installe 31 rue d’Italie.
Libraire puis employé municipal à Aix, Paul Roman devient, en 1896, secrétaire général de la mairie puis bibliothécaire, de 1897 à 1920, à la bibliothèque Méjanes. Depuis la mi-août 1896 et jusqu’en 1936, Le conservateur s’appelle Edouard Aude (1868-1941). Grand érudit et proche de Frédéric Mistral, E. Aude sera nommé majoral du Félibrige en 1903. Edouard Aude et Paul Roman réalisèrent ensemble, en 1897, Etude sur le Poème du Rhone, de F. Mistral.
Le père de Paul Roman, alors concierge à la caisse d’épargne, à Aix, décède le 24 juin 1898. Cinq mois plus tard, Paul épouse le 1er octobre 1898, Berthe, Marie, Germaine Berthelon, une Aixoise née le 7 juin 1870, fille de Claude, Joseph, adjudant retraité de l’école nationale des Arts et Métiers et de feue Marie, Baptistine Jauffret.
Il semble que le couple n’eut pas de descendance. Le 5 août 1908, le mariage sera dissous par jugement à Marseille.
Président de l’Escolo de Lar fondée le 28 janvier 1877, en 1905, cofondateur de La Freirié Prouvençalo Paul Roman en est le secrétaire, Jean Monné le président et Paul Ruat, le trésorier.
Auteur d’une intéressante anthologie provençale : Lou Gai Sabé paru en 1906-1907, il collabora à l’Armana Marsihès. A la Santo Estello de Narbonne, en 1912, il sera nommé majoral Cigalo de Lar, succédant au majoral François Vidal (1832-1911) son premier détenteur.
Paul Roman s’éteignit à Aix-en-Provence, le 26 mars 1933.
Paul RUAT
1862 - 1938
Paul Ruat est né avec une jumelle, Suzanne, à Tulette dans la Drôme, le 15 novembre 1862, enfants de Jean, cultivateur et de Suzanne Richard son épouse. Malgré une scolarité primaire, Paul Ruat, de simple employé devint un libraire et un imprimeur-éditeur d’art renommé. Courageux, intelligent, entreprenant il est à la source de diverses institutions dont certaines sont encore actives aujourd’hui comme la Société des Excursionnistes Marseillais qui a vu le jour le 24 janvier 1897, créée avec Dominique Piazza, Carbonel, Boulle, Manuel et Bouvier.
Reliant le Félibrige vers 1898, il reçut le diplôme de Félibre-mainteneur le 3 septembre 1899 et fut nommé majoral cigalo l’Arc de Sedo à la Santo Estello de 1918.
En 1901, Paul Ruat devient trésorier de La Freirié prouvençalo, présidée par Jean Monné, Paul Roman étant le secrétaire.


En 1902, il fonde avec quelques notables marseillais, le Syndicat d’Initiative de Provence.
Il sera l’éditeur des œuvres de Valère Bernard, fera connaître celles de Charles Rieu - Charloun -, publiera le père Xavier de Fourvières, Marius Jouveau... Lui-même est l’auteur de brochures et publications diverses qui font aujourd’hui références.
Emma Bourgeat devenue l’épouse de Paul Ruat lui donnait une fille Berthe, née le 5 juillet 1886. Berthe Ruat épousait le 25 avril 1912 Augustin Tacussel et donnait naissance à un garçon appelé Maurice. Mais le 30 décembre 1913, Berthe Ruat-Tacussel, âgée seulement de 27 ans, mal remise de son accouchement et atteinte de pneumonie, décédait.
Ayant perdue sa fille unique, Paul Ruat préféra laisser sa librairie et la maison d’édition à son gendre Augustin Tacussel et vivre dans sa maison de La Valentine. Paul Ruat décédait à 76 ans, le 12 décembre 1938. Il repose au cimetière Saint-Pierre à Marseille. Sur une plaque : “Eici Jas Lou Felibre Pau Ruat”.

Ancienne librairie RUAT 54 rue Paradis, Marseille.
1-06-2020
Jean MONNÉ
1838 - 1916
Né Jean, François, Julien, Thomas MONNÉ, le 7 janvier 1838, à Perpignan, 12 rue Saint-Mathieu, d’une famille catalane, notre jeune garçon, a environ 9 ans, lorsqu’il quitte sa ville natale avec son père, François, Emmanuel, Jean MONNÉ, né le 30 mars 1812, tanneur, et sa mère Josèphe, Thomase, Catherine, née Romeu Bassails (Patronymes de père et mère), le11 juin 1817.
La famille rejoint Avignon, Carpentras et Cavaillon. Un temps plus tard, Jean, employé aux Ponts et Chaussées vient s’établir avec ses parents à Marseille, 35 rue de l’Evêché. Le 22 octobre 1863, il épouse une jeune couturière, Jeanne, Clémentine, Victoire Boucanier, née à Marseille le 23 novembre 1842. Le père de la demoiselle, Claude, Honoré, Antoine, Théodore Boucanier, ancien commis est décédé et sa mère, Elisabeth née Meistre, est ménagère.
Le jeune couple donnera naissance le 23 octobre 1865 à une petite Françoise, Maria pour laquelle, vingt-deux ans plus tard, lors de son mariage en 1887, Jean Monné composa Brout d’Arangié pèr lou bouquet de la Novio.
Le père de Jean a abandonné le métier de tanneur pour se faire sacristin, sa mère est repasseuse.
Trois ans après la naissance du bébé, le Ciel emporte la jeune maman, le 3 décembre 1868. Sept ans plus tard, Jean Monné résidant avec ses parents 30 rue de l’Evêché, se remarie, le 19 août 1875, avec une cousine, Marceline, Catherine, Marie Monné, née à Perpignan le 14 février 1848 et domiciliée dans la même maison, rue de l’Évêché. De cette union naît, le 26 août 1882, Jean, François, Joseph.
Le malheur vient une nouvelle fois frapper le foyer. Marceline décède, avant 1898, année où leur fils Jean s’engage dans la marine. Revenu à la vie civile, Janot s’éteint dans la maison familiale, 41 rue Thomas, le 5 janvier 1912.
Malgré les agressions de la vie, Jean Monné chante, dans ses poèmes et sonnets, son amour passionné pour la femme et pour la beauté. Son culte fervent de la patrie provençale avec ses aspects, sa nature, sa vie pleine de soleil enchantent son œuvre.
En 1868, lorsque les troubaires catalans viennent aux fêtes de Saint-Rémy, d’Avignon et de Beaucaire, Jean Monné offre une ode aux visiteurs. Mistral le remarque. Dès lors, Monné devient un fidèle du maître et du Félibrige. Son nom est référencé dans le premier Cartabèu de Santo Estello de 1876 et, en 1877, il est nommé Mestre en Gai Sabé.
Pour des raisons probablement professionnelles, de 1887 à 1890, Jean Monné fait un séjour à Paris mais il ne cesse de rêver à son ciel bleu et ensoleillé. D’ailleurs, il a déjà laissé son empreinte en ayant animé, de 1876 à 1879, le journal Lou Trelus de l’Aubo prouvençalo. Secrétaire de la Maintenance de Provence à partir du 2 février 1880, il en deviendra le Syndic à partir du 11 juin 1903.
En 1881, on notait deux œuvres dramatiques : Casau et Sabran, drames historiques en cinq actes et en vers provençaux. Cette même année 1881, Jean Monné recevait la cigalo de Roussihoun en qualité de majoral du Félibrige puis, de 1891 à 1905, il sera vice-chancelier du Félibrige.
Créé en 1887, alors qu’il est à Paris, il s’occupe de la rédaction de son bulletin mensuel Lou Felibrige, ce, jusqu’en 1909.
Co-fondateur de la Freirié Prouvençalo, une grande association régionaliste provençale qui remplaça à la date du 26 mars 1905 “Les Maintenances provençales” il préside le mouvement, avec Paul Roman (1866-1933), secrétaire et Paul Ruat (1862-1938), trésorier. La Freirié Prouvençalo, sera active jusqu’au rétablissement des Maintenances, le 4 juin 1911.

Tout en assurant ses fonctions et responsabilités grandissantes comme contrôleur aux Ponts et Chaussées puis au Chemin de fer, Jean Monné collabore à l’Armana Pouvençau, l’Armana Marsihès, l’Armana dóu Ventour, Lou Cacho-Fiò, L’Aiöli, ainsi qu’à la plupart des revues du Félibrige. Couronné aux fêtes latines de Montpellier (1878) et à l’Académie des Jeux Floraux, il était chevalier de l’Ordre royal de Roumanie et officier d’Académie, il laisse une oeuvre importante.
Après avoir habité rue de l’Évêché, ensuite 143 rue Breteuil, puis 41 rue Thomas (aujourd’hui rue Jean de Bernardy), touché par la maladie, Jean Monné décédait en septembre 1916 à l’âge de soixante dix-huit ans.


UN AMI FACÉTIEUX
Homme d’esprit et facétieux, il signa quelques-uns de ses premiers essais poétiques provençaux du pseudonyme féminin de felibresse Clemènço, ce, à l’insu de ses amis félibres dont Frédéric Mistral. Un beau jour, Monné adressa au Maître une lettre dans laquelle une certaine Clémence lui exprimait son amour de la poésie provençale et une vive admiration pour l’auteur de Mirèio. Comme à son habitude, Mistral répondit sans tarder et une correspondance suivie s’établit entre lui et la felibresse. Au bout d’un certain temps, Mistral voulu absolument rencontrer Clémence et lui fixa rendez-vous. C’est alors que la réponse fit découvrir le galéjaire. Clémence avoua porter une barbe au menton et était... père de famille !
Principales sources : Archives départementales 66 - 13 - Julian & Fontan : Anthologie du Félibrige provençal T. 2, 1924.
26/05/2020
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